Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 10:37

livre jpgUn léopard sur le garrot.

Jean Christophe Rufin. 2008

 

Ce parcours autobiographique se lit comme un roman.

 

L’auteur de « Rouge Brésil », prix Goncourt 2001, de Katiba, plus récemment, de romans historiques et géographiques, nous livre ici la vie palpitante qui a nourri  son écriture d’homme d’action et d’expérience.

 

L’ouvrage commence et s’achève au Sénégal où il a été nommé ambassadeur (maintenant rappelé) par Bernard Kouchner. Mais ce n’est qu’un moment dans la vie de l’aventurier polyvalent. La médecine d’abord, première et récurrente vocation, en hommage à un grand-père médecin humaniste et taciturne réchappé des tranchées de la guerre de 14-18. Une description savoureuse des études de médecine et du mandarinat, le regret de la médecine « humaniste » au profit de la technicité, l’aspiration à une autre pratique qui affronte la totalité humaine.

 

Et c’est l’aventure humanitaire, « Médecins sans frontières », les enthousiasmes et les dérives de l’humanitaire, ses enjeux politiques et ses luttes de pouvoir. Carrière difficile à résumer. Cet éternel jeune homme  se lasse des routines, vit à cent à l’heure et en tire matière à réflexion. L’écriture l’attire, la vraie, celle du roman qui permet  de prendre distance, d’éviter les poncifs et vérités définitives, et surtout d’être heureux au-delà des déconvenues de ses différents engagements, qu’il  nous raconte avec humour, ironie et une bonne dose d’autodérision.

 

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre, sous-titré « Chroniques d’un médecin nomade », où un parcours personnel rencontre avec passion le monde entier.

Par danne
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Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 11:27

penseurLa famille.

Remue-méninges du 21 mars 2012

 

« Venant d’un pays où les liens de famille sont très forts, je pense que la famille, actuellement, a tendance à perdre son importance. C’est dommage. Pour moi, la famille donne des repères, c’est ce que j’essaie d’apporter à mes petits-enfants. »

famille-4.jpg


Le mot « famille » peut être appliqué à de nombreuses réalités. La famille regroupe ce qui a des points communs, ce qui se ressemble, dans le domaine naturel : plantes, animaux ; dans le domaine social, politique, idéologique…Nous parlerons surtout des liens familiaux entre humains, qui sont à la fois naturels et sociaux .

 

 

famille-6.jpg La famille c’est un cocon.

C’est la première image qui vient. Un lieu de relations privilégiées, où l’on se sent protégé du reste du monde. Ce lieu est marqué par des relations affectives fortes. Certaines choses restent « en famille », les enfants apprennent à distinguer ce qui se passe ou se dit en famille, et ce qui peut sortir : à l’école et dans d’autres lieux de socialisation. Cette famille a une structure et une étendue variables selon les sociétés. Famille nucléaire, famille élargie, famille recomposée, tribus ou clans, les sociétés sont diverses à travers le temps et l’espace, et les familles aussi.

 

Dans cette famille il peut exister « des secrets de famille », un « esprit de famille », des « bijoux de famille ». On y fait des repas de famille en échangeant des souvenirs de famille, autour d’albums de photos de famille. Les liens familiaux se distinguent des liens amicaux, choisis et variables. « On choisit ses amis, mais pas sa famille ». Pourtant la famille est aussi ouverture sur l’extérieur : « les pièces rapportées », plus joliment appelées « valeur ajoutée » obligent les familles à se composer ou se recomposer ; la famille repose dès l’origine sur l’échange, l’exogamie, l’interdiction de l’inceste, voir les travaux de Lévi-Strauss.

 

Cocon fermé ou cocon ouvert ?

La famille qui protège peut aussi étouffer. Dans certaines formes traditionnelles, les individus disparaissent au profit du groupe. Celui qui est différent, ou rebelle, est exclu. De même celui qui entache l’honneur de la famille. Les mariages sont arrangés, voire forcés, pour des raisons d’alliance, de terres, de biens, d’ethnie, et ceci dans toutes les sociétés traditionnelles dont il subsiste partout des traces. Les crimes d’honneur font partie de ces survivances. Les femmes et jeunes filles sont soumises à des obligations et des stratégies où elles n’ont souvent pas leur mot à dire.

 

L’autre extrême est l’individualisme absolu, l’éparpillement souvent aux quatre coins du monde, et en corollaire la dissolution des liens, l’éloignement, l’isolement, la solitude des personnes âgées, les familles monoparentales, le nombre de plus en plus important de personnes vivant seules dans leur appartement. Davantage de liberté, mais moins de solidarité, et le sentiment d’être perdu dans un monde anonyme. La société supplée dans une certaine mesure, foyers, maisons de retraite, aides financières diverses.

Avec des efforts et de la bonne volonté, et grâce aux moyens modernes de communication réelle ou virtuelle, -SKYPE ! -  on arrive parfois à concilier liberté individuelle et chaleur familiale. Les regroupements rituels au moment des fêtes ou des congés sont cités comme des temps privilégiés.

 

    La famille, la meilleure et la pire des choses ?

« La famille, parfois, ça déchire ! » ça déchire et ça se déchire. Les lieux d’amour et d’affection sont aussi des lieux de haines. Les brouilles de famille, dont on a parfois oublié l’origine peuvent se transmettre de génération en génération, à l’intérieur d’un même village. Les héritages sont une occasion de se déchirer sur la dépouille des parents morts. Les fils maudits, les enfants illégitimes, les incestes, les vieux parents dépouillés, et toutes ces rivalités fraternelles qui remontent souvent à la plus tendre enfance.

Et plus banalement les violences, les conflits, les  séparations, les deuils. La famille est certainement aussi le lieu qui charrie les plus grandes souffrances.

notons le célèbre "Familles, je vous hais!" d'André GIDE.

 

Nous en resterons là, sans solution une fois de plus.

famille2.jpg

Par danne - Publié dans : remue-méninges
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Mardi 20 mars 2012 2 20 /03 /Mars /2012 11:46

penseurLa politique.   Remue-méninges du 8 février2012.

 

Pourquoi ce sujet ? Réflexion entendue : « si on parle politique je pars ! » La politique semble être à la fois un sujet inévitable, et un sujet à éviter. Pourquoi ?

 

Caran-d-ache-dreyfus-supper.jpg


En famille, ou avec des amis, on craint ce qui peut créer la discorde et déchainer les passions. On évoque un dessin célèbre paru au moment de l’affaire Dreyfus. Un peu comme la religion, l’argent. Et pourtant…

Des élections ponctuent la vie dans les régimes démocratiques. En tant que citoyens, c’est bien notre droit et même notre devoir de nous informer, d’échanger. Remarquons que le débat politique est interdit dans les dictatures, et que la libre expression des opinions, politiques entre autres, fait partie des acquis du cheminement démocratique, même si certains lieux restent réticents à admettre le débat politique, comme l’armée, l’école…

 

Qu’est-ce que la politique ?

Au sens propre, c’est tout ce qui concerne la vie de la cité, la vie des hommes entre eux. Cela dépasse les discussions « politiciennes » et les calculs électoraux, ainsi que les discours qui nous sont assénés par des professionnels de la politique auxquels on ne fait pas forcément confiance. Dès que des êtres humains se regroupent et fixent des règles et des modalités pour vivre ensemble, ils font de la politique. Faire de la politique c’est être adulte et refuser que les choses soient décidées d’en haut, sans nous. C’est être citoyen.

 

Déception ?

Nous nous sentons souvent lésés par le jeu politique. Par exemple nous devons choisir entre des représentants dont aucun ne nous agrée vraiment et pensons que, dans notre système actuel, la prise en compte des votes « nuls » ou « blancs » rendrait davantage compte des opinions. Comment interpréter l’abstention ? Désintérêt pour la chose publique ou sentiment d’être mal représentés ? La démocratie, lieu de la politique, est aussi le lieu de tous les espoirs et de toutes les déceptions. (Voir remue-méninges consacré à la démocratie)


Les dérives.

Le jeu politique peut très vite être dévié de son objectif. Les partis politiques peuvent avoir pour seul but le pouvoir et les avantages qui lui sont liés ; ils promettent souvent davantage que ce qu’ils peuvent ou veulent réaliser. Ils jouent sur les frustrations, les préjugés, les peurs, et la démagogie, que Platon voyait comme le principal danger de la démocratie, conduit parfois des citoyens endoctrinés à se prononcer à l’inverse de leurs véritables intérêts. Hitler est venu au pouvoir à la suite d’élections ! Enfin les clivages partisans sont parfois des lignes de fracture qui gênent le « vivre ensemble » à l’intérieur d’une famille, d’une commune, d’un pays. Jusqu’à l’intolérance et la constitution de « camps » définitifs dont on a parfois oublié l’origine.

La compétence.

La politique n’est-elle pas trop compliquée pour que chacun puisse s’en emparer ? Le manque de formation, d’information laisse parfois penser qu’il vaut mieux laisser faire « ceux qui connaissent ». A noter que la démocratisation ne peut qu’aller de pair avec l’élévation du niveau d’éducation, à commencer par l’alphabétisation massive. C’est sans doute pourquoi des secteurs entiers de la population étaient laissés à l’écart : les esclaves, les métèques, les pauvres, les femmes jusqu’en 1945 en France, les mineurs, ceux qui sont privés de leurs droits civiques. Platon pensait d’ailleurs que seuls les meilleurs, l’aristocratie dirigée par le philosophe, pouvaient diriger la cité selon la raison, alors que la masse suivait aveuglément les sophistes, beaux parleurs de l’époque. Actuellement il semble bien que la compétence économique soit un critère de la bonne gouvernance et que les pouvoirs économiques prennent le pas sur le jeu démocratique, à l’occasion de la crise. Est-ce à dire que la politique se décide maintenant à la corbeille, c’est-à-dire à la Bourse ?

L’éducation.

Contrairement  à la tentation de laisser les nouvelles générations à l’écart des débats politiques, n’est-il pas préférable de leur donner les armes qui leur permettront de prendre réellement en mains leurs destinées ? Hors des débats politiciens dont ils sont entourés dans leurs familles et les médias, l’école avec l’éducation civique et l’Histoire, les expériences de participation dans les écoles, les conseils municipaux, la vie associative, l’éducation aux droits de l’homme, à la prise de parole, à la tolérance réciproque sont autant d’armes pour que la politique soit perçue autrement que comme un lieu stérile, dangereux et réservé à des spécialistes plus ou moins fiables.

Par danne - Publié dans : remue-méninges
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Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 22:29

livre jpgLettres à mes filles

Fawzia Koofi.2011


Fawzia Koofi, première femme politique afghane, s’adresse à ses deux filles. Elle leur raconte le parcours exceptionnel et dangereux qui l’a conduite à être élue de sa province au Parlement afghan en 2005.

Toute l’histoire récente de  l’Afghanistan nous est ainsi retracée à travers l’itinéraire de cette petite fille rejetée puis adorée. Un Afghanistan heureux et en pleine évolution sous le roi Zaher Shah, brutalement destitué par un coup d’état ; l’emprise progressive puis l’occupation soviétique en 1979 ; le long combat des moudjahines soutenu par les Etats Unis, l’Arabie saoudite, le Pakistan, guerre  froide oblige. La victoire sur l’armée soviétique suivie d’un long et meurtrier combat entre les vainqueurs, d’où émerge la figure admirée du commandant Massoud, et enfin, juste au moment où la paix se profile, l’arrivée des talibans et leur dictature obscurantiste portée par une vision de l’islam  importée et inconnue jusque-là dans le pays. Le 11 septembre, l’espoir mis dans la chute des talibans et l’intervention occidentale, le retour de la démocratie et l’espoir pour des millions d’hommes et surtout de femmes, l’espoir déçu, la corruption…

 

C’est aussi l’histoire d’une famille, prise entre modernité et traditions patriarcales, d’une militante que sa mère a envoyée à l’école, et qui à travers mille dangers a étudié la médecine et découvert sa véritable vocation, la vie politique, pour y porter la parole des femmes, pauvres parmi les plus pauvres, leur oppression et leur courage.

 

Fawzia est aimée , elle est également haïe et menacée par tous ceux dont elle menace les intérêts, les privilèges, par tous ceux à qui le « respect des traditions » sert de prétexte pour perpétuer l’oppression millénaire des femmes , la violence et le honteux cumul de richesses mal acquises, le retard dans les domaines de l’éducation, de la santé. Fawzia rêve pour ses filles d’un pays moderne, libre, et ses lettres  sont aussi un chant d’amour à son pays.

Par danne - Publié dans : lu-vu-entendu
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Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 22:23

livre jpgLe cas Sneijder

Jean Paul Dubois. 2011

 

Le Québec. Le narrateur reste seul survivant d’un improbable accident d’ascenseur où sa fille fait partie des victimes. Son histoire, avant, jusqu’à cette mystérieuse hécatombe d’oiseaux et de poissons juste la veille de l’accident, et comment ce hollandais s’est retrouvé dans le Nouveau Monde. Ses tâtonnements sentimentaux et professionnels.


Et après. Une épouse autoritaire et efficace, et pour lui, un reclassement professionnel de promeneur de chiens pour fuir ses phobies. Une mémoire qui ne le lâche pas d’une seconde, une obsession pour les ascenseurs, le hasard, les chiffres et probabilités. Avec sur son bureau les cendres de Marie, fille aimée dont sa deuxième épouse l’a séparé. Une marginalité de plus en plus assumée, des colères, un projet encore, mais le laissera-t-on faire ?


En tous cas nous entrons dans la logique de cet étrange survivant et c’est le monde « normal » et efficace autour de lui qui bientôt va nous sembler étranger.

Par danne - Publié dans : lu-vu-entendu
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