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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

confinee

Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Liberté et santé.


 
Conférence du philosophe P. H. Tavoillot, présentée par Hélène Camus depuis la résidence de Cabourg dans le cadre des conférences Domitys, et transmise  le Lundi 26 avril sur notre chaîne 99.
Petit résumé à ma façon.

 

Le sujet est de circonstance. Au moment des vœux, qui n’a pas hésité avant le « bonne santé » rituel ? Santé suspendue à ce satané virus, et toutes nos libertés mises à mal depuis un an, au nom de la santé. Mais quelle liberté nous reste-t-il si on n’a pas la santé ? 

La santé, on n’y pense pas quand on l’a, et on ne pense qu’à la retrouver quand on l’a perdue. Définie par l’OMS, la santé est « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Elle est si exigeante qu’elle englobe toute la vie. Quelle place reste-t-il à la liberté face à notre finitude ? La mort  est notre destin, même si on fait semblant de l’oublier. Faut -il, pour conserver la santé, sacrifier la liberté ?

 

Mais qu’est-ce que la liberté ? « Faire ce qu’on veut », la définition semble évidente, mais  se complique très vite. On peut vouloir plusieurs choses contradictoires. Faire un régime et faire un bon repas. Rester au lit et se rendre à un rendez-vous. Entre l’immédiat et le long terme, il faut choisir ! Être libre fait partie de l’homme, et ce n’est pas facile. L’être humain, privé d’instincts, doit se construire par l’apprentissage, l’invention, c’est ce qui le distingue de l’animal. Voilà ce que répètent les philosophes depuis que Prométhée a dérobé le feu aux dieux. Mais comment choisir ? Le monde extérieur ne va pas comme on voudrait. Il y a aussi toutes les contraintes qu’on se fixe, ce qu’on s’interdit par suite de choix précédents, de principes moraux, de l’éducation.

 

 Et puis il y a les autres. On ne peut pas vivre sans les autres, mais les autres limitent ma liberté et réciproquement. Pour éviter la guerre des libertés il faut des lois.  Pour que les libertés s’harmonisent il faut des restrictions, des règles, une puissance publique qui dans l’idéal définit, par delà les libertés individuelles, un bien commun, une liberté citoyenne où nous devenons aussi responsables des autres. Pas de liberté sans obéissance, qu’il ne faut pas confondre avec la servitude. Obéir c’est faire attention aux autres, renoncer au rêve de toute-puissance infantile, devenir adulte, s’accommoder du réel. 
Revenons au sujet. Pour la santé, la mienne et celle des autres, je respecte les restrictions, j’obéis.
Pour la liberté, je râle, critique, et triche un peu avec les règles !

 

Mais les résidents ont la liberté de poser quelques remarques 
-    L’égoïsme nous pousse à ne pas trop nous préoccuper des autres. 
-    Peut-être pourrions-nous, en ces temps difficiles, développer des formes de « liberté intérieure », trouver en nous des voies de résilience.
-    La démocratie n’est-elle pas mise à mal par des mesures liberticides ? D’autant plus que ces mesures ne nous semblent pas toujours appropriées. 

Certes nous naviguons souvent à vue dans une situation inédite où tant d’inconnues demeurent.
Mais il reste toujours la possibilité d’en parler, et même de nous contredire ou de dire n’importe quoi, ce qui reste une des marques de nos démocraties.
 

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Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Prix littéraire.

Il y a le Goncourt bien sûr, et dans la foulée le Renaudot, le Médicis, le Femina…Du plus prestigieux au plus confidentiel, chaque année offre sa moisson. 
Et puis il y a le prix Domitys.
Et donc le jury Domitys, ou plutôt les jurys Domitys qui, chaque année, dans chaque résidence, lisent les 5 mêmes livres choisis après concertation nationale. Après une autre concertation nationale, le prix est attribué. L’année dernière, malgré le confinement, Olivier Norek l’a emporté pour son roman Surface.
Le Pont des Lumières a donc son jury, une dizaine de lecteurs. Un mois environ pour lire, puis on se réunit, on échange et on note. Et tout remonte par les bons soins d’Harmonie notre animatrice.


         
Premier ouvrage de la nouvelle sélection, La femme révélée, de Gaëlle Nohant.
Réunion en visio, confinement oblige.  WhatsApp ? Zoom ? Finalement ce  sera le bon vieux Skype. Encore faut -il l’avoir sur son ordinateur ou sa tablette. Et arriver à se voir, à s’entendre. Il a bien fallu 24 h pour que tout soit installé, sans parler des raccordements de dernière minute. Des visages apparaissent, basculent, on se reconnaît mal. Certains n’arrivent jamais à l’écran, d’autres en disparaissent en cours de route. Parlons enfin du livre. La première se débrouille bien, une habituée. Pas moi. Je n’arrive pas à rallumer le micro qu’il avait d’abord fallu éteindre, je voudrais lire un texte préparé mais tout bouge, la tablette, le papier, je renonce, j’improvise, « je n’entends pas,  vous pouvez reprendre ? » j’ai déjà oublié ce que j’ai dit.http://daneffan.over-blog.fr/2021/03/la-femme-revelee.html


Difficile de faire dans la nuance. Ceux qui sont restés jusqu’au bout, ceux qui ont pu parler, ont plutôt aimé le livre auquel on finit par donner une note. Mais l’intérêt littéraire du débat est restée mince devant le défi technique !
Petite consolation, les doctes jurés du Goncourt, privés de cérémonie, n’étaient pas plus brillants que nous devant leur Zoom lorsque, quelques jours plus tôt, ils ont remis leur prix à Hervé le Tellier. L’écrivain, quant à lui, était content d’échapper au tra la la habituel.



En mixte cette fois, 6 au salon, la jauge est stricte, les autres en visio, pour parler de Tu seras un homme mon fils  de Pierre Assouline. C’est une biographie romancée du poète Rudyard Kipling. Contents de nous retrouver, les langues se délient, on peut même se couper la parole. Certains  trouvent de l’intérêt à la relation père fils décrite dans le livre, d’autres sont carrément allergiques,  sans compter ceux qui ont décroché dès les premières pages. Pour les branchés visio, ça se complique. Ils n’entendent pas, on ne les entend pas … Harmonie, perchée sur une table, branche, débranche, rebranche, joue l’interface. Enfin, tant bien que mal les notes sont distribuées, plutôt mauvaises. La séance est éprouvante, mais on a quand même réussi à parler d’un livre, et même à ne pas être d’accord !  http://daneffan.over-blog.fr/2021/03/tu-seras-un-homme-mon-fils.html



Libérés des écrans pour la troisième réunion . C’est au bar, soigneusement distancés et masqués, que nous parlons de Vania, Vassia et la fille de Vassia de Macha Méril. Cette saga de cosaques exilés en Corrèze a remporté un franc succès. Nous avons découvert une histoire mal connue et la commentons longuement. Certains s’entichent de Sonia, d’autres lui prèfèrent Vania, chacun a un avis et met en relief un aspect du roman, les notes finales sont élogieuses et nous sommes contents d’avoir vraiment échangé. Même si Harmonie est parfois obligée de répéter, plus fort, des interventions étouffées par le masque et la distance. http://daneffan.over-blog.fr/2021/03/vania-vassia-et-la-fille-de-vassia.html

 

«   Lire, ce vice impuni », sur lequel aucun confinement n’a de prise et qui guérit de tant de vague à l’âme ! 


 

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Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
L’écran et la vie.

Chaîne 99, À vos écrans !
8 décembre. C’est la fête, vin chaud et marrons chauds à domicile, tandis que nous suivons sur l’écran la joyeuse bande dans les couloirs. 6ème, 5ème, porte après porte, étage après étage.
Certains l’attendent de pied ferme. D’autres semblent surpris. « Vous passez à la télé ! »Une résidente est filmée se regardant sur l’écran, nous la regardons se regarder, la télé c’est nous. Les intérieurs entrouvrent leur secret…
La rumeur se rapproche. Ils sont au 2ème, juste le temps d’ouvrir ma porte, ils sont là pour de vrai. Le vin chaud fume,  les marrons sont bien là , la caravane embaume et continue sa joyeuse farandole.


                                     *


Premier confinement, virus oblige, pour nous comme pour tous, l’écran s’est imposé. 
Écran des masques d’abord. On se voit mal, on s’entend mal.
Écran des murs blancs d’en face où se projettent les ombres des va et vient sur la terrasse. 
Les écrans de chacun pour garder en visio le lien avec les proches.

Et puis, pour relier nos vies confinées, est arrivée sur nos télés la chaîne 99 ! 
Notre directeur vient y présenter nouvelles et consignes, le rendez-vous est solennel, un peu intimidant, mais on peut poser des questions. Et puis quelques conférences, reportages, le film du dimanche.
Quelques couacs, le temps de la mise en route. la connexion laisse à désirer, ça saute, on entend mal. « Mieux que rien » disent les optimistes. Chacun, de son fauteuil, se rattache tant bien que mal à ce cordon ombilical qui complète les consignes écrites et les visites régulières du personnel.
Mais personne n’a rechigné au retour à la vraie vie, on a fait la fête au patio, c’était en mai, juin, juillet, on avait oublié les écrans. 
Sauf celui du masque qui nous rappelait la fragilité de la situation.


                                       *


Avec l’automne sont revenus les temps difficiles. Et le temps des écrans.
La chaîne 99 est bien prête maintenant et se déploie tous azimuts. Les informations et consignes bien sûr, mais pas seulement.
Plus de gym en salle, ni de yoga ni de qigong ? Prenez une chaise, mettez vous devant votre télé, et vous n’avez qu’à suivre Sylvain, ou Johanna, Simon ou Francis seuls  devant leur tablette, quand tout veut bien marcher ! Il manque l’adrénaline du groupe et le conseil personnalisé, on y gagne leur sourire, débarrassé du masque.
La tête aussi doit travailler. Les quizz, et l’inoubliable devinette de 11h30, appeler la première, entendre le rire d’Harmonie, voir le sourire d’Harmonie, sans masque ! 
Le calendrier de l’avent dévoilé en direct, appelez pour votre petit cadeau.
Et puis du reportage en direct, sur les pas d’un serveur ou d’un administratif. Dans les cuisines le jour de la paella.
Marie de Hennezel nous dispense ses conseils, répond à nos questions, on me photographie en train de l’écouter. Des reportages et voyages. Le film du dimanche, sauf oubli. Des pièces de théâtre proposées par une résidente, tout semble possible. J’en oublie bien sûr.
La vie a bien continué lorsque nous réunir était risqué. Combien étions-nous devant nos écrans ? 
Si bien  habitués qu’il a presque fallu nous forcer à redescendre, hésitants et pourtant contents de nous retrouver, pour de vrai.
 

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Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Deuxième vague.

Oui c’est bien lui, une affichette projetée en visio lui a rendu hommage, j’ai deviné, j’ai compris, au cœur des rumeurs de ce nouveau confinement. Un peu plus tard, quand les bavardages ont repris prudemment, on me l’a confirmé, c’est bien lui.
Je ne connaissais pas son nom, j’en connais si peu encore et les oublie trop vite. Je préfère les prénoms, surtout le sien, impossible à oublier puisque c’est le mien. L’un au masculin, l’autre au féminin, c’est ainsi que nous nous sommes repérés. 

Bonjour Danielle,
Bonjour Daniel,

De fil en aiguille, de loin en loin, nous avons sympathisé, l’un avec un l, l’autre avec 2l, c’était un peu boiteux, l’énoncé de notre prénom presque homonyme nous servait de signe de ralliement. 
Cours de yoga où il arrivait un peu en retard, ou avait oublié de s’inscrire, on lui pardonnait. Qi gong, sophrologie où il s’autorisait une discrète somnolence, ou ce dimanche matin sur la terrasse où j’avais tardé à le reconnaître, masque et lunettes teintées, la calvitie dissimulée sous une élégante casquette. 
Nous avions échangé quelques mots, il me disait avoir apprécié un texte que j’avais publié dans la gazette, m’avait parlé de sa formation scientifique, moi j’étais la littéraire, nous étions là tous les deux, fatigués mais contents de ce clin d’œil au passé. 
Daniel n’est plus, je me sens un peu abandonnée. Un peu honteuse d’être encore là, d’avoir été à peine effleurée par le virus. Juste une frayeur pendant qu’autour de moi, confinée isolée, le compteur s’affolait dans la résidence.

Virus, le retour.

Partout la situation se tendait, et puis des bruits ont couru, il y a des malades. 
Des absents au repas du soir où j’avais mes habitudes. Malades, ou contacts, des infos se chuchotaient, les espacements, les gestes barrières, des inquiétudes, des tables se sont retrouvées à moitié vides…et puis tout s’est à nouveau refermé, comme au printemps. 
Plus d’espace collectif, chacun chez soi.
Comme au printemps.
Mais pas tout à fait. C’est l’automne, il fait triste et froid.
Plus d’applaudissements à 20 heures.
Les tests, les malades, nombreux.
Les absents, Daniel et les autres, que je ne connaissais qu’à peine, ou pas du tout, et dont l’absence nous hante, même lorsque nous avons prudemment repris les habitudes de la vie.

Merci à tous ceux qui ont déployé des trésors d’ingéniosité pour que la vie continue dans nos étages, merci pour la vie quand même, beaujolais et marrons, téléthon et repas de fête, devinettes et gym en chambre.
Et meilleurs vœux, encore, bien sûr.

                              Danielle

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Publié dans : #Confinée
Mur blanc.

 

En face, une ombre passe sur le mur blanc inondé de soleil. Je lève la tête, l’ombre passe et repasse le long d’une ombre de barrière. 


Depuis deux semaines, le mur blanc, de l’autre côté de la rue me sert d’horizon. Quand le soleil l’illumine, comme ce matin, il devient écran. 
En ombres chinoises s’y projette la terrasse de ma résidence. Mon 7ème étage se projette sur le premier étage de l’immeuble d’en face, puis descend à mesure que le soleil monte.
De mon fauteuil, j’observe les ombres fugaces qui de ma terrasse, qui vont et viennent, parfois s’arrêtent où se confondent avec l’ombre d’un arbuste.
Et parfois, aussi, passe l’ombre d’un oiseau. 

Je ne vais pas sur la terrasse. Trop de lumière ? De vertige ou de vent ?

Je me contente du mur blanc où la vie projette son fantôme. 
Le soleil en machiniste tourne autour de mon point fixe et joue avec tous les blancs de sa palette, sur le mur blanc d’en face.

 

 

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Publié dans : #Confinée
Le retour,

 

 quand le confinement a fondu sur mes vacances printanières. 

Dans la bulle thermale où je me suis rendue début mars, comme chaque année, avec ma petite sœur, il y a bien eu des défections, nous sommes moins nombreux que d’habitude.  Quelques questions à l’arrivée, voyages en Asie ? En Italie ? Pour la forme. Le médecin plaisante, serre les mains. 

Jusqu’au 13 mars continuent de venir des fatigués de tout l’hexagone.
 On arrive encore du grand Est où l’on sait déjà, mais on ne veut pas savoir, ou pas trop. Elle vient de Moselle cette petite jeune que l’on retrouve avec plaisir. Elle vient d’arriver, a traversé péniblement la France. Elle vit à l’hôtel « Rêva » et démarre ses soins aux aurores, armée de son courage et de sa bonne humeur. Non, elle ne craint pas le virus, trop occupée à gérer le lourd handicap qui bousille sa jeunesse. 
Je m’inquiète encore d’une petite écorchure au genou et d’une douleur à l’épaule. 
Mais la vie est belle, on veut le croire. La maladie ? On verra bien. 

Des bruits commencent pourtant à courir.  Et puis le 12 le président a parlé, l’heure est grave, les écoles sont fermées dès lundi, pourtant personne n’y croit vraiment…

Le vendredi nous nous offrons une belle séance de cinéma…la dernière avant longtemps. 
Le samedi 14 , beau soleil, et si on faisait la voie verte ? J’hésite , Kiki m’encourage. Je n’ai jamais marché aussi bien. Demain au restaurant comme tous les dimanches.


 Mais pas de restaurant ce dimanche. Juste une petite promenade, la dernière, le temps s’est bien rafraîchi. 
Tout va très vite maintenant, le président parle de guerre, il faut rentrer. Notre petite Lorraine, à peine arrivée, s’affole.
C’est le sauve qui peut, régler vite les formalités. Le médecin ne plaisante plus en remplissant à la hâte les derniers papiers. 
Par précaution faire le plein. Les magasins sont bondés.
Et puis vite rentrer chez soi .
Il pleure, il pleut sur notre printemps.
Sauve qui peut sur les routes, retour au bercail, une semaine avant terme. 
Retour à ma toute nouvelle résidence où j’avais à peine eu le temps de m’habituer. Quelle vie m’y attend ?

 

Enfin arrivées sans encombre au parking. 
En catimini du parking à l’ascenseur. Un visage masqué salué à la sauvette.
Affiches dans l’ascenseur :  les visites sont interdites. On m’avait prévenue au téléphone quand j’ai annoncé mon retour.
En catimini de l’ascenseur à mes deux pièces. Fautive déjà d’y introduire ma sœur,  c’est elle qui m’a ramenée. Je la cache 24h. Valises et sacs circulent rapidement. J’évite de passer par l’accueil, et me signale par le téléphone interne.
Visites interdites, déplacements réduits, plus de rencontres, plus d’animations. Je n’ose  même plus m’aventurer dans les longs couloirs silencieux. 
En faute et en cachette. Et peut-être coupable de l’amener, ce satané virus, dans cet univers aseptisé, qui n’est plus que silence et blancheur ?


Il faudra pourtant que j’accompagne à l’ascenseur, comme en la chassant, ma petite sœur, elle qui m’a amenée à bon port ce jour étrange de la mise en confinement. 
J’aurais tant voulu faire durer ce temps que nous avons partagé ! Mais non, chacun confiné chez soi. Vite, qu’elle reparte munie de la toute nouvelle attestation, moi inquiète qu’on la découvre chez moi, elle inquiète des contrôles sur la route du retour. Vite il faut se séparer, on se racontera…
Tout finalement se passe bien. Bientôt nous échangerons sur nos vies confinées, à 100km de distance.
Quand nous reverrons -nous ?

 

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Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Un monde en blanc

 


Comme pour accueillir mon retour, le printemps explose de lumière dans une exubérance qui me coupe le souffle, alors que la mort lance ses sinistres signaux.

Blancheur neigeuse d’un arbre, juste là au coin de la rue. 

Blancheur des anges gardiens qui bientôt vont ponctuer mes heures solitaires. 

D’abord ils ne sont pour moi que fantômes, inquiétants et rassurants à la fois. Sont-ils là pour me surveiller ? Me protéger ?  

 

D’abord je ne reconnais personne sous le masque et la blouse immaculée. Je me reconnais mal dans ce monde irréel, feutré, soupçonneux. 
Les consignes toutes fraîches me sont apportées au compte goutte, en même temps que le courrier accumulé en mon absence. Plus de rassemblements. Adieu rituels, goûters, activités et autres animations. Finies les rencontres de hasard. 
Finis les rendez-vous  littéraires, les cours de yoga, les anniversaires. 
Finis les prétextes à bouger, chercher le courrier ou se faire couper les cheveux. 
Finie cette routine que j’ai quittée quelque temps, à peine m’y étais -je habituée. 


 


Je suis rentrée chez moi, comme une étrangère, sur la pointe des pieds. Installée ici depuis peu,  à peine habituée, et voilà que tout repart à zéro. 
Plus question de tisser des liens, chacun chez soi, chacun pour soi. 
Chacun au coin, comme on punit un enfant récalcitrant. Ou un prisonnier rebelle. Ou un pestiféré dans un lazaret. 
Chacun coupable ou victime en puissance . 

La grande famille patiemment élaborée par l’effort de nos animateurs, au gré des goûters, anniversaires, conférences et journées thématiques, se dissout en atomes . 
La moindre rencontre est risquée. 
Chacun est un danger pour chacun. L’homme est plus que jamais un loup pour l’homme.
Ce qui fait vivre, le lien social, peut faire mourir. 
La plus banale rencontre, dans un couloir, un ascenseur, sur la terrasse, exige des prudences infinies. Il faut éviter ceux qui n’ont pas compris ce qui nous arrive, et qui se précipitent vers vous, trop contents de vous revoir. 
Ceux qui n’ont pas bien compris les 2 m de distance lorsque le cours de gymnastique est organisé dans le couloir. 
Celle qui insiste pour rapporter ma chaise chez moi , pour m’aider. 
Ou celui, au cerveau embrumé, qui cette nuit erre dans le couloir, ne retrouve pas sa chambre, entre chez moi et que je dois chasser et signaler. 
Tout est danger, tout est intrusion. 


Et puis, en blanc , nos anges gardiens. 
Ceux par qui la vie reste possible. Celles et ceux qui distribuent consignes et nourriture. 
A demi irréels sous les masques et surblouses ils se parent de solennité. Je peine à les raccorder à ceux, amicaux et bien vivants, que j’avais laissés.
L’heure est grave et c’est eux qui nous maintiennent en vie. Le goûter. Le courrier. La petite gazette. Les consignes et conseils. La surveillance de la courbe de température. On nous rassure, on nous explique avec bienveillance. 
Peu à peu ils redeviennent familiers et retrouvent leurs prénoms. 
Et s’ils n’étaient plus là ? Et s’ils nous plantaient là, à la merci du virus, à la merci les uns des autres, et abandonnés de tous ?

 

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Publié dans : #Confinée
Un matin.

 

 

 

La journée commence aux blanches lueurs de l’aube. 
Le sommeil ne veut plus de moi. La nuit s’écourte en plein rêve, que j’oublie aussitôt. 

Comme un tocsin, l’alarme interne sonne du fond de l’obscurité. La mort se rappelle à moi, me rappelle les chiffres égrenés la veille. 

Mais déjà la vie s’éveille de l’autre côté des volets clos.  Le fracas du ramassage des poubelles, l’obstination de la vie qui continue. 

Sous ma couette je les devine et  rends hommage à ceux qui se lèvent pour assurer à leurs risques la prolongation du vivant, malgré tout. Par respect pour eux, qui livrent notre nourriture, évacuent nos déchets, s’enquièrent de notre santé, je veux faire attention. Mettre toutes les chances du côté de la vie. 

Après le gris des petits matins, quand s’effilochent les restes d’un mauvais rêve, la page blanche de mes jours peine à se quadriller en routines rassurantes. 
Le sommeil cotonneux ne demande qu’à m’enliser quand alentour rôde le danger, quand  la mort rôde et étend ses ailes sinistres. 
Pourtant, calfeutrée dans ma bulle, je m’accroche à cette  vie dont je croyais être lasse. 
Et le blanc de mes jours s’illumine peu à peu des petits riens qui font la vie.

 


La journée commence comme une page blanche, pourtant déjà tachée des douleurs de la nuit. Je veux savoir, et tout de suite ouvrir les décomptes dans l’attente du plus léger espoir. Faire le tour des nouvelles. Des fausses nouvelles aussi . Des polémiques, des colères et des sagesses. J’ai besoin d’y plonger, m’y angoisser, ne plus savoir qu’en penser. Et puis de lâcher tout. Et puis d’y revenir. Les lâchetés, les égoïsmes, les héroïsmes, les protestations, les résignations, les scandales, et les mille petits miracles du quotidien. 

La rumeur du monde contaminé au petit matin blanc. Non ce n’est pas un mauvais rêve, ce mois d’avril 2020 où la planète entière retient son souffle.

Et puis la page blanche de la journée qui s’annonce. 

 

Vivre encore puisque le cadeau m’en est fait. Je suis encore là pendant qu’on compte les morts et les « intubés »de la nuit. Provisoirement rescapée je fais ce qu’il faut, ce qu’on m’a dit de faire. J’ai de la chance, je suis protégée. Les masques blancs de mes anges gardiens verrouillent mon entrée.
La page blanche qui m’est offerte encore exige de moi. Comme un écolier appliqué je m’efforce d’en tracer les lignes et quadrillages, pour faire de mon confinement un exercice de vie. 

Vaille que vaille réveiller la carcasse fatiguée. L’obliger à tenir encore. Me lever me laver m’habiller déjeuner, me fixer quelques règles que plus rien ne me fixe, des horaires pour  ne pas m’enliser. Veiller au corps qui ne demande qu’à se laisser glisser, grappiller dans mes souvenirs quelques exercices de gymnastique, ouvrir les fenêtres et saluer le printemps qui vient narguer les rues désertes . 


Me revient le conseil des vieux stoïciens, distinguer ce qui dépend de moi et ce qui ne dépend pas de moi. Dans cette nouvelle prison,  confortable je l’avoue, il me reste le choix d’en faire le meilleur usage possible.

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Publié dans : #Confinée
D
Quand rien ne va plus 

 

 

Les  jours où simplement on n’a plus le courage. 
A quoi bon ces jours confinés dont le seul objet est de survivre ? 
A quoi bon s’éveiller le matin, beaucoup trop tôt, pour se réjouir simplement d’être encore en vie, et en être un peu honteux.
A pleurer d’impuissance et se retrouver à la merci de nos gardiens bienveillants comme un tout petit enfant. 

Désespérée comme un tout petit enfant parce qu’hier on a oublié de m’apporter le petit déjeuner.

 

C’était Pâques hier, et en souvenir  des printemps de ma mémoire, glorieux ou douloureux, j’avais commandé petit déjeuner et déjeuner. 
Un jour de fête dans mon assiette pour changer du bricolage quotidien de mes menus.

L’heure du petit déjeuner, elle peut être variable en cette période d’ajustement, mais tout de même…le temps passe, je m’agace. Je m’inquiète et m’impatiente…
Je téléphone finalement : on m’avait oubliée !  Notée par erreur pour le lendemain. 
Une erreur toute bête m’a ramenée à l’angoisse du nouveau-né qui hurle sa faim, mêlée de colère et de peur. 


Ridicule ! Bien sûr, j’excuse et ne laisse rien filtrer de ce moment de panique. 
Personne n’en saura rien de ce moment où mes efforts pour garder le cap ont fondu devant l’évidence de ma dépendance. Où Il a suffi d’un petit déjeuner oublié…

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Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Des hauts et des bas

 

 

Ainsi vont les jours, à mesurer le verre à moitié vide ou à moitié plein. 

Les bonheurs.
tous ces appels reçus dès le matin le jour de mon anniversaire confiné. Appels, WhatsApp, vidéo ou direct, messages Facebook, enfants et petits enfants bien sûr même ceux qui oublient parfois, la fratrie, neveux alertés par Facebook, vieilles copines que je croyais perdues de vue, pas moyen d’être tranquille ce jour -là. Jusqu’à la rose apportée solennellement, en toute distanciation, par les employés de la résidence, à la place du goûter habituellement prévu pour fêter les anniversaires du mois.

Pas moyen de l’oublier cette année en plus, devenue soudain si précieuse.

 

Les peurs. 
Parfois, lancinante, la peur d’être abandonnée. Et si un jour ils quittaient le bateau nos merveilleux anges gardiens en blanc ?

Peur de me retrouver seule enfermée. 


Retour du vital, la peur primitive de la nourriture qui viendrait à manquer. C’est la même  peur qui a dévalisé les magasins aux premiers jours du confinement.

Peurs immémoriales qui ne demandent qu’à ressurgir sous le vernis de la société de consommation. 
Les créneaux de livraison sont saturés, il manque les produits les plus élémentaires. J’en suis à compter, haletante, des solutions de secours. Pourtant, pour le moment, j’en dispose. Il me reste la solution de commander des repas, au seul risque de gonfler provisoirement la facture.  Je n’ai à redouter ni chômage ni perte de revenu, la retraite continue à tomber et m’autorise même quelques extras.  Reste même une marge pour des « vieux jours » qui s’éterniseraient.

Mais …sait-on jamais ? Nous les vieux sommes fragiles, le danger va durer…

Et me voilà semblable à un petit écureuil affairé à mettre de côté pour l’hiver.  
Me voilà à attendre une  livraison incertaine ou retardée. A redouter le petit caillou qui pourrait se mettre en travers.
Et si on m’oubliait ?

Mais on ne m’a pas oubliée . Le Franprix a repris ses livraisons qu’on m’apporte à domicile. Le bonheur des premières fraises !


Il en faut si peu pour transformer la peur en gratitude .  Pour passer du matin blafard au soleil triomphant, et contempler de mon balcon la vie qui s’obstine. 

Un balayeur ramasse les déchets de la veille sur le large trottoir où hier se sont déconfinés, au compte goutte, quelques joggeurs, promeneurs de chiens, enfants excités et clients d’ Intermarché. Une camionnette de livraison remet un colis sur un seuil d’immeuble, on continue d’acheter.

Ce matin mes épaules sont moins lourdes.


Mais si les balayeurs arrêtaient de balayer ? Les éboueurs de vider nos poubelles, les livreurs de livrer et les supermarchés de vendre, et les cuisiniers de préparer nos repas ?

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