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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

fete des meres

Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

 

Elle réjouit les commerçants 

On l’adore ou on la déteste, 

On en sourit.

 

Des souvenirs, et quelques réflexions 

être mère, c’est quoi ?

 

 

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Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Fête des mères 

 

31 mars, un message WhatsApp venu d’outre Manche. « Bonne fête maman, smiley. »
Quelle fête ? La fête des grands-mères est passée, d’ailleurs je ne suis pas sa grand-mère. 
Mon anniversaire ? C’est bien en mars, mais le 23, il me l’a déjà souhaité. « Le 31 mars c’est la fête des mères en Angleterre ». 
Nouveau message, le 13 mai : « bonne fête maman, smiley ». 
Non pas encore, attends le 26. 
Le 26, il oublie…nous en rions.

Mon grand nigaud de fils a plus de 40 ans. Il a passé la moitié de sa vie à l’étranger. Alors la fête des mères en France…
on commence par l’oublier, on est jeune, on se moque des conventions. Des fêtes, des anniversaires souhaités trop tôt ou trop tard. 
Et puis avec l’âge, le sien et celui des parents, quand on est parent soi-même, on revient doucement vers les usages, vers les fidélités. 

Moi-même je m’en suis moquée longtemps, de la fête des mères.
Pourtant…
La première fois où je n’ai plus eu de fête des mères à souhaiter… J’ai pleuré comme une orpheline,  orpheline de  34 ans. 

Et ce dimanche de mai sous la pluie, il n’y a pas si longtemps…Pas un coup de fil, un message honteux tard dans la soirée. Mes grands enfants adultes,  tous les trois  à l’étranger ce jour -là, avaient oublié leur calendrier français.

Ma colère, ma tristesse.


Difficile pourtant d’échapper à la fête des mères. 
Chacun sait qu’elle tombe le dernier dimanche de mai, sauf si elle coïncide avec la Pentecôte. La Pentecôte, fête mobile alignée sur Pâques , a priorité. Si elle tombe le dernier dimanche de mai,  la fête des mères est repoussée d’une semaine.

 

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Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Fête des mères ?

 

Comme de toutes les autres, à un moment de ma vie, je me suis moquée de cette tradition.
Pauvre mère,  à la fête un jour par an, à la peine tous les autres. 


 C’est quoi d’ailleurs être mère ?

Gaïa,  Déesse mère, Terre mère. 

« Dans la mythologie grecque, Gaïa (du grec ancien Γαῖα / Gaîa ou Γαῖη / Gaîê), ou Gê (du grec ancien Γῆ / Gễ, « Terre »), est une déesse primordiale identifiée à la « Déesse mère ». Ancêtre maternelle des races divines, elle enfante aussi de nombreuses créatures. Divinité chtonienne on l'invoquait et lui sacrifiait des animaux de couleur claire. Unie à Ouranos, le dieu du Ciel, elle engendra les six Titans et les six Titanides, puis les Cyclopes et enfin les Hécatonchires (les monstres aux cent bras). De son frère Tartare Gaïa donna naissance à une créature terrifiante, Typhon. Gaïa est la mère de Charybde et est mariée à Ouranos . »  

Wikipedia 
   

 

Dans la mythologie grecque, la mère est abondance et source de vie. 
Mère toute puissante.
Mère triomphante. 

De cette mère la malédiction biblique a bientôt raison.
Les monothéismes consacrent Dieu le Père.
L’homme est créé à son image et ressemblance, pour dominer le monde.

Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs ; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui.
Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme.
Et l’homme dit : 
Voici cette fois celle qui est os de mes os 
et chair de ma chair ! 
On l’appellera femme, 
parce qu’elle a été prise de l’homme.
Genèse.


A cet homme il faut une compagne, un complément tiré de son flanc pendant son sommeil. Pour qu’il ne soit pas seul. Et l’injonction est faite au couple : croissez et multipliez vous. 
La mère est née, chargée de reproduire l’œuvre divine. La mère réceptacle des germes de l’avenir, la mère destinée à assurer la suite des générations.
Au service de l’homme.
Et qu’elle se contente de croître et se multiplier, dans son paradis terrestre.

Mais non, chacun connaît l’histoire de la pomme. Du moins telle qu’on nous l’a racontée, au hasard des traductions et des interprétations.

Ève la maudite.

Ils sont heureux dans leur paradis terrestre, et innocents, ne sachant même pas qu’ils sont nus. Ils peuvent goûter à tous les fruits, sans effort et sans souffrance, à tous les fruits sauf un, celui de la connaissance du bien et du mal, qui les rendrait égaux à Dieu. Et ça, il n’en est pas question.
Pomme fatale.
Le serpent a tenté Ève. Ève a goûté la pomme. Ève a trouvé la pomme à son goût. Ève a tenté Adam, et ce grand niais, oubliant l’interdiction divine, a croqué la pomme. Le mal est entré dans l’histoire, et par la faute de cette écervelée d’Ève, nous voilà tous condamnés au péché originel. 

Il (Dieu) dit à la femme : 
J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, 
tu enfanteras avec douleur, 
et tes désirs se porteront vers ton mari, 
mais il dominera sur toi.
Il dit à l’homme : Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre : Tu n’en mangeras point ! 
le sol sera maudit à cause de toi. 
C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture 
tous les jours de ta vie.

Par la faute d’une femme, de la femme originelle, qui a voulu se rendre égale à Dieu en lui désobéissant. 
La punition devait être terrible, pour le pardon, il faudrait attendre…le Messie.
Et pour sauver la femme, il faut attendre la mère parfaite, Marie, la vierge mère, la mère de Dieu.


***

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Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Être mère, une gloire ?

 

Une injonction du patriarcat séculaire plutôt.
L’homme prend femme pour assurer sa descendance et transmettre son nom et ses biens.
L’homme prend femme pour qu’elle lui donne des fils qui à leur tour auront des fils, et ainsi de génération en génération. 
Des filles aussi, qui quitteront père et mère et iront assurer la descendance d’un autre et qu’on échangera dans ce but. 
Cet échange scellera des alliances, de biens et de royaumes. On échange des princesses pour mettre fin aux guerres, pour perpétuer les dynasties, avec plus ou moins de bonheur, comme on le voit dans « L’échange des princesses » de Chantal Thomas. 
Épouse et mère telle est la destinée, de la reine à la plus modeste paysanne.

Etre mère, pas d’alternative. 
Les ambitieuses dépendent de la réussite de leurs époux et de leurs fils. La loi salique en France interdit aux filles d’hériter du trône. Catherine de Médicis est reine par la grâce de son mariage avec le futur Henri II, puis régente et reine mère au nom de ses fils. 
Mères régentes des rois de France qu’elles manœuvrent en coulisse. 
Mères organisatrices de mariages arrangeants, mieux vaut choisir avec soin sa belle-fille ou son gendre, comme le futur Henri 4 pour sa fille la reine Margot.

Du trône jusqu’à la moindre chaumière, mieux vaut être mère pour assurer ses vieux jours. Et mère de fils qui transmettront le titre, le nom, la fortune ou au moins vous assureront un prestige certain. N’avoir que des filles ? Les mentalités ont bien changé mais ce peut être encore une déception, un handicap, voire une calamité. En Chine , au nom de l’enfant unique, les petites filles étaient interdites de naissance ou disparaissaient peu après, pour garder une chance d’avoir un garçon. Un désastre démographique. En Inde les petites filles sont empêchées de naître , les filles, c’est un poids qui coûte cher. Malgré les lois.

Et surtout malheur à la femme stérile, objet de honte, pour le moins. Objet de répudiation, le contrat n’est pas rempli. 
Dans le film israélien « Kaddosh » d’ Amos Gitai, un juif orthodoxe est obligé de répudier la femme qu’il aime . Pourtant c’est lui qui est stérile, finit-on par découvrir.
En Iran la belle Soraya, incapable d’engendrer un héritier mâle, est répudiée par le tout puissant shah Mohammad Reza en 1958. L’amour sacrifié à la raison d’état, on en a pleuré dans les chaumières. C’est la nouvelle impératrice Farah Diba qui lui donnera enfin un fils. 
Imaginez un empereur sans descendance. 


Mère oui,  mais dans les règles. A condition de rester dans les liens sacrés du mariage. 
Et d’un mariage adoubé, si ce n’est arrangé, par la famille.
La honte des filles mères, l’ enfer des bâtards…la gêne pour ces enfants nés trop tôt après le mariage, que les mauvaises langues appellent « prématurés », ou ceux qui ressemblent au voisin, ou au facteur. Bien sûr les choses ont changé. 

Je vous parle d’un temps…

Pas si lointain. 

Odeline  a 19 ans. 
Odeline a deux sœurs juste un peu plus jeunes qu’elle, sans parler des plus petits, c’est une famille nombreuse comme la France les aime dans ces années 50, comme les aime aussi l’Eglise. 
Des enfants menés à la baguette, qui baissent le nez dans leur assiette quand le père parle. Qui ne « répondent » pas, qui d’ailleurs ne parlent pas à table. La mère non plus ne parle pas beaucoup quand le père est là. Une famille craignant Dieu, craignant le père et le jugement des autres.
Mais les 3 sœurs ont grandi. Elles sont belles, chacune à sa façon, et coquettes, ce n’est pas interdit. Le dimanche on se fait belles pour aller à la messe. Des petits décolletés, un « indéfrisable » lustré à la brillantine ou au vitapointe. Les premiers rouge à lèvres, la poudre de riz sur le nez et les pommettes, et l’indispensable eau de Cologne. Elles en passent du temps dans le cabinet de toilette et devant l’immense miroir de la salle à manger. La petite sœur et les petites cousines, invitées pour les vacances, pressentent, mi curieuses mi inquiètes, le temps où elles -mêmes, de petites filles, deviendront « jeunes filles ».

Les 3 grandes sœurs sont belles, sont coquettes comme doivent l’être des filles à marier.
D’ailleurs il se chuchote qu’elles « fréquentent », toutes en même temps, leurs âges sont si rapprochés. Et c’est tant mieux, les filles, il faut les caser, qu’elles ne restent pas trop longtemps à charge, et surtout avant qu’elles ne fassent des bêtises. 
Les filles aussi semblent pressées de prendre leur envol. Les gentils fiancés sont parfois invités à la maison, puis présentés à la famille, comme c’est l’usage.

Enfin, pas tous.

Odeline, l’aînée, fréquente René, un garçon du village aux yeux bleus ravageurs. Ils ont le même âge et ils s’aiment.
Mais René ne vient pas à la maison, pourtant il n’habite pas loin. Il n’est pas non plus présenté à la famille. Pourtant on le connaît, il est du pays, sa famille aussi, mais personne ne sait rien de leur amour, jusqu’au scandale.

Un jour , Odeline disparaît dans une clinique  catholique qui semble spécialisée dans ce genre de situation. Orientée par l’oncle curé, le frère de sa mère. 
L’oncle curé tient au secret, que la honte ne s’abatte pas sur la famille. 
Dans une lettre soigneusement dactylographiée il reproche à la grand-mère d’en avoir parlé avec son autre fille. Pauvre grand-mère qui voudrait tant protéger sa première petite-fille, quel que soit le péché commis, et a cru bon de confier son désarroi. Non, dit la lettre dactylographiée, on n’en parle pas sans me demander l’autorisation. Je suis prêtre, je sais ce qu’il faut faire. 
Quelle compétence en maternité ! Car il s’agit de maternité, mais ni mères et ni grand-mères n’ont  leur mot à dire. Sans parler de la principale intéressée.

Odeline est à la maternité, on ne doit pas en parler. Odeline met au monde un magnifique garçon, dont personne ne fête la naissance. Un nouveau -né dont on ne parle qu’en chuchotant. Il est placé chez une nourrice.  Odeline reste un temps à la clinique pour travailler, histoire de rembourser les frais engagés. 
« Je ne veux pas le voir », ainsi est accueilli le petit Benoit par son grand père. Le père est, lui, tout à fait disposé à régulariser la situation, mais il n’en est pas question, « ma fille n’épousera pas un voyou ».

Le grand-père est terrible, le grand-père ne supporte pas l’affront. La grand-mère ? Et bien la grand-mère n’a pas le loisir d’en penser grand-chose. En même temps que grand-mère elle se retrouve elle-même mère de son huitième enfant. Une jolie petite fille qui est donc la tante d’un beau petit garçon qui a exactement son âge à un mois près. Il y perd ses repères, le pauvre grand-père intraitable, à devenir en même temps père et grand-père.

Odeline est encore mineure, mais plus pour longtemps.

Odeline atteint 21 ans. Son mariage est célébré en même temps que celui de ses sœurs. Plus discrètement pourtant.
La grand-mère avait posé la condition : j’assisterai aux 3 mariages, ou à aucun.
Le petit Benoît, bel enfant de l’amour, retrouve ses parents.
Le grand-père intransigeant l’adopte dès qu’il le voit.  Bien sûr, il sera le préféré. Le gendre « voyou » se révèle un père de famille exemplaire.
3 autres enfants  viendront chez Odeline et René.  Bientôt la famille va s’installer dans sa nouvelle maison, construite juste à côté de celle des parents. Les deux générations cohabitent sans heurt, tout est rentré dans l’ordre.

Les histoires ne se terminent pas toujours aussi bien.

Les ecclésiastiques, préposés aux situations délicates, organisent parfois de curieuses rencontres, dans l’intérêt des  familles. La jeune fautive, éloignée du domicile, est discrètement orientée vers une clinique spécialisée. Dès la naissance l’enfant lui est  arraché et donné, ou vendu ( ?) à une femme stérile qui, à l’aide d’une prothèse, avait fait croire à sa grossesse. La tractation a été organisée par la famille entre chuchotements et messes basses, l’intéressée, souvent très jeune, n’a pas son mot à dire. C’est ce récit terrifiant que nous livre Éric Fottorino dans « Dix sept ans », l’âge de la jeune mère dont on a volé la petite fille.

Sans parler des enfants abandonnés, étouffés, des mères suicidées, des bonnes mises à la porte pour avoir succombé, de gré ou de force, aux charmes du patron ou du fils de famille.
Pour ajouter à l’horreur je pense à toutes ces femmes violées, notamment en temps de guerre, et qui doivent vivre avec l’enfant de leur bourreau et le rejet de leur entourage. 

 

 

 

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Soyez mères


c’est aussi une injonction patriotique : plus nombreux, nous serons les plus forts !
Faites des enfants pour résister à l’ennemi teuton, vainqueur de 71, la revanche est à ce prix.
Faites des milliers d’enfants pour les charniers de 14-18.
Avec les survivants, faites des milliers d’enfants pour repeupler la France. 
Toute tentative de contraception est criminelle, ne parlons même pas d’avortement, les lois sont féroces autour des années 20. La propagande nataliste bat son plein, il en va de l’avenir de la France
En 1920, l’Assemblée Nationale vote une loi interdisant l’avortement et la contraception, qui ne cessera d’être renforcée par la suite.

En France, la loi de 1920 assimile la contraception à l’avortement. Toute propagande anticonceptionnelle est interdite. Le crime d’avortement est passible de la cour d’Assises. En 1923, l’importation d’articles anticonceptionnels est prohibée. Les jurys populaires se montrant trop favorables aux inculpé·e·s, l’avortement est désormais jugé en Correctionnelle.

La loi de 1939 renforce la répression. Des sections spéciales de policiers sont créées. Les tentatives sont punies comme les avortements. Les avorteurs sont très sévèrement condamnés. En 1941, ils peuvent être déférés devant le tribunal d’État. En 1942, l’avortement devient crime d’État. Pour l’exemple, une avorteuse est condamnée à mort et guillotinée en 1943. Plus de 15 000 condamnations à des peines diverses sont prononcées jusqu’à la Libération.

La Libération ne remet pas en question l’arsenal législatif répressif, avec son corollaire de décès ou de mutilations provoqués par les avortements clandestins. Les procès auront lieu contre les avortées et leurs complices jusqu’aux années 1970. Toutefois, avocats et juges n’appliquent plus la loi dans toute sa rigueur.
Cette longue période répressive qui causa la mort de bien des femmes, ne prendra fin qu’à partir de la loi Neuwirth autorisant la contraception (1967), et la loi Veil autorisant l’IVG (1975).
Site 8 mars info

 

La famille nombreuse est glorifiée, on décore les mères et on les chante. Tous les gouvernements s’en mêlent, et les religions. 

*

La fête des mères n’est pas instituée par Pétain, comme on le dit souvent, mais il lui donne une splendeur particulière. Par nationalisme, par moralisme, « travail famille patrie », il faut à tout prix restaurer les valeurs familiales dont les femmes sont les garantes. La femme, dans son rôle exclusif de mère au foyer, participe ainsi au redressement national. 

Les « faiseuses d’anges » contournent la loi au prix de drames épouvantables.
Dans le beau film « Une affaire de femmes » de Claude Chabrol, Isabelle Huppert monte à l’échafaud pour un avortement qui a mal tourné. 
La vie est sacrée, on n’y touche pas impunément. En même temps des milliers d’enfants juifs sont livrés à la barbarie nazie par la politique de collaboration. 

La mère est chargée de fabriquer de bons français et de bons catholiques pour les affrontements à venir. 
Les femmes sont soumises à la fatalité des grossesses et des allaitements.
 « Tu enfanteras dans la douleur », c’est au nom du précepte biblique que les sœurs infirmières rabrouent, dans les hôpitaux très catholiques, ces femmes qui hurlent leur déchirement. Comme si elles devaient payer le péché de chair, surtout quand il a été commis hors des liens sacrés du mariage. Les sœurs infirmières s’y connaissent en culpabilisation.

 

 

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Publié dans : #Fête des mères

J’ai grandi avec la fête des mères. 

 

C’était une des plus belles si l’on excepte Noël. 
 
Un beau dimanche de mai, quelques souvenirs.

C’est la pleine saison des fleurs, les mêmes qui décorent les reposoirs des fêtes religieuses, ascension, Pentecôte, fête Dieu qui gravitent dans cette même fin de printemps. Mais la fête des mères c’est  notre jour à nous les enfants. A nous de décider et de la faire vivre cette fête, avec papa complice. Ce jour -là maman ne décide de rien, maman ne fait rien. 
Les fleurs d’abord. Au petit matin nous descendons au jardin pour y cueillir  quelques belles pivoines au rouge sombre qu’éclaire  l’orange vif des gueules de loup. 
Un dessin.
Le poème appris à l’école, Victor Hugo ou Émile Verharen,  soigneusement recopié et illustré.
Parfois une initiative. Une comptine tirée de mon illustré de patronage : « Violet indigo bleu vert jaune orange rouge… » l’arc en ciel qui symbolise toutes les vertus de notre maman chérie. A chanter sur l’air de « j’ai un beau château »,  j’entraine les petits dans la ronde. 
Le moment clef de la fête, c’est le repas .
Ce jour là maman ne cuisine pas. Papa prépare les steaks achetés le matin au boucher, comme tous les dimanches. Il rajoute  de la charcuterie, c’est jour d’abondance . Le reste ? Je  prépare moi-même une entrée de crudités  agrémentée de mayonnaise, que je suis  fière de réussir mieux que maman. Le gâteau ? Je ne m’en souviens pas. Si, peut-être, le goût m’en revient : une recette à base de biscuits Thé Brun trempés dans du café puis empilés entre des couches de crème au beurre. C’était ma spécialité, préparée à l’avance pour davantage de moelleux. Pas besoin de cuisson, un gâteau sans danger, une recette inratable. Peut-être aussi des fraises au dessert, cueillies le matin même au jardin.
Le cadeau enfin, la boîte  métallique  pleine de petits gâteaux Brun, achetée à l’épicerie du village avec nos petites économies. Les gâteaux nous en profiterons bien sûr, mais la boîte fera pour maman une belle boîte à couture.

Ce souvenir à la fois net et confus, est-il un ou plusieurs ? Il résume pour moi les fêtes des mères de mon enfance, bien avant que je jette un regard critique sur cette institution. Le détail le plus marquant reste l’interdiction faite à maman de toucher à ses casseroles ce jour là.
Il me revient cette année, rappelé à ma mémoire par l’avalanche des promesses publicitaires qui encombrent ma boîte mail depuis début mai : « offrez-lui un parfum », les fleurs bien sûr, la Poste émet un timbre spécial, la Redoute engage à rendre sa maman élégante à prix cassé. 

Puis j’ai grandi. 
Ma vie ne tourne plus autour de maman. 
La place de mère ne me semble plus aussi enviable. Pour moi je rêve d’autre chose.
La fête des mères ? si je continue de respecter les conventions, c’est avec un sourire en coin. Quand je suis loin, à Paris, une belle carte traverse la France. Un cadeau parfois comme ce joli sac d’été blanc envoyé par la poste qui, après avoir traversé la France,  arrive à bon port malgré un emballage endommagé.
Maman porte fièrement son joli sac les dimanches d’été.
 La fille absente se fait pardonner son éloignement et ses négligences.


***

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Mes fêtes des mères.

 

Comment oublier la première ? 
En 71, pour ne pas chevaucher la Pentecôte, la fête des mères est reportée au premier dimanche de juin, et c’est le moindre de mes soucis. 
Certes j’attends mon premier enfant, mais autour du 16 juin, m’a-t-on affirmé. Pourtant la nuit du 6 au 7 il s’annonce, il est là le lundi matin, et dans ma chambre m’attend le petit pot de fleurs offert par la maternité Lariboisière à toutes les nouvelles mamans présentes dans ses murs. 
Ma première fête des mères, attrapée de justesse, parce qu’elle avait une semaine de retard, parce que mon bébé avait une semaine d’avance. 
Je l’ai gardée longtemps cette petite fleur en pot, moi qui n’ai pourtant jamais eu la main verte. Elle a même suivi notre premier déménagement, quelques mois plus tard.

*

Après l’improvisation , le rituel s’installe.

Juste un an après, dernier dimanche de mai. La matinée se termine tranquillement dans notre minuscule deux-pièces parisien. Mon petit bonhomme marche maintenant, déjà une  petite sœur lui arrive, prévue elle aussi pour la mi-juin. 
Soudain il se détache de son père, un petit paquet aux couleurs chatoyantes entre les mains. D’un pas incertain il s’élance, un pas, deux pas, s’arrête, il ne veut plus me le donner ce joli paquet. La fête des mères, il n’en a cure, et serre bien fort le cadeau dans sa main. 
Papa négocie , le drame est évité : je l’aurai ma première vraie fête des mères. A lui le papier multicolore et la jolie boîte, à moi le petit pendentif en forme de cœur qui ne quittera plus mon cou de longtemps. Il le touche, le trouve joli, mais préfère son cadeau à lui.
Quelques jours plus tard tout se gâte. Je dois l’abandonner aux mains de sa grand-mère, urgence maternité pour accueillir la petite sœur. Dix jours de séparation, c’est la norme à l’époque, et aucune visite d’enfants n’est acceptée. 
C’est long. Si long qu’à ma sortie, quand je m’élance pour le prendre dans mes bras, il m’ignore, et ignore plus encore l’intruse venue prendre sa place. Blotti auprès de son père, il m’observe, le regard en coin, comme une étrangère. Longuement . Et puis un demi-sourire :  son doigt vient se poser au creux de mon cou, son visage s’illumine, « titi ». Il le reconnaît, le petit cœur en or de la fête des mères. « Titi », c’est ce qui est joli. C’est aussi le nom qu’il donne à sa petite sœur, qu’il adopte très vite. Sa petite sœur, son joli bijou dont bientôt il interdira l’approche à toute personne extérieure. Tendresse un peu brutale parfois, mais papa veille ...

Vient l’âge scolaire. La fête des mères se déploie alors dans toute sa splendeur. L’imagination des maîtresses de maternelle n’a d’égale que la difficulté à garder secret jusqu’au dimanche le chef-d’œuvre confectionné avec amour. 
Un lundi, j’arbore au travail un magnifique collier de perles multicolores. « Fête des mères ? » me chuchote une collègue que je retrouve en conseil de classe. Un sourire , nous sommes complices.
Colliers et bracelets, en pâtes, en graines, en papier mâché, en perles de verre ou de plastique accompagnent sans complexe l’inamovible petit cœur en or de la première année. Jusqu’au moment où , fil de nylon cassé, fermoir détraqué, élastique embrouillé, le bijou de l’année va rejoindre ses prédécesseurs dans le coffre à trésors de ma table de nuit. 
Les poèmes aussi, illustrés, maintenant c’est Maurice Carême le chantre des mamans. Vide poches tressés en rafia. Assiettes décoratives. Sculptures de plâtre, empreintes de main, porte crayons de carton peint, cadre de photo… tous les matériaux sont sollicités, assiettes de carton, pots de yaourt, rouleaux de papier ménager, boîtes de camembert ou de vache qui rit, chutes de tissus et de laine, papier crépon et papier aluminium, le recyclage s’en donne à cœur joie. 
Des trésors qui hélas finiront aussi par avoir leur date de péremption, on ne peut pas tout garder quand les logements sont petits et qu’on passe son temps à déménager. 
Et puis les fleurs bien sûr, qui viennent du marché de la veille ou de la boutique du fleuriste. Et puis le vrai cadeau pour lequel on vide la tirelire, papa complète. La poubelle de table trône encore sur l’étagère de mon salon et réjouit nos repas familiaux maintenant que mes enfants sont largement adultes. Un beau vase en cristal a lui aussi résisté au passage du temps et des déménagements. Les robes, jupes, tuniques ont fait leur temps, ainsi que la sorbetière ou la yaourtière. 
Pourtant, contrairement à maman, je n’ai pas souvent été dispensée de tâches ménagères ce jour là .


*

Je suis maintenant largement grand-mère, les festivités sont variables et je m’en accommode, et j’en souris avec eux, mes enfants, quand ils y pensent, ce qui est généralement le cas. Pardonner les oublis : une année les 3 se trouvant à l’étranger, 1er message vocal à 21 h, tous désolés quand je leur ai raconté ma longue solitude de ce jour -là. Oui un jour sans importance, peut-être, c’est ce que j’aimais répéter, à condition qu’on ne l’oublie pas ! Il n’y eut pas de récidive, juste, parfois, des erreurs sur la date, en Espagne ou en Angleterre ce n’est pas le même jour, dans d’autres pays ça n’existe pas. Et puis de quoi me plaindre, je bénéficie, en outre, d’une fête des grand mères. Fête récente peut-être réclamée par les fleuristes, autrefois les grands-mères étaient associées à la fête des mères.

*

Ma première fête des grands-mères. 

Il est arrivé bien avant que j’aie eu le temps de l’attendre mon premier petit fils. Né bien loin, je ne le connais encore qu’en photo quand arrive, un premier dimanche de mars, ma première fête des grands-mères. Je vais au marché et m’achète un petit bouquet d’anémones. Fièrement à la fleuriste :  « c’est ma première fête des grands-mères ». « Moi aussi me répond -elle joyeusement. Il vient d’avoir un mois. »
Ce premier petit fils, dix ans plus tard, est au centre de la photo de la fête des mères. 
Ils sont tous là, pour une fois. Je suis prise en photo avec chacun de mes trois enfants, c’est lui qui tient l’appareil. Et puis j’en prends une autre, ils sont tous là, il est au centre, sa chemise blanche se détache. 
Quand on on regarde bien, son regard est triste et son visage amaigri.
C’est lui qui avait dessiné les menus de la fête des mères.
J’accompagnais depuis 6 mois sa lutte contre le mal. J’y croyais encore, j’ai cru jusqu’au bout qu’il gagnerait.
Deux mois plus tard il nous quittait .

Il pleure depuis 18 ans sur ma fête des mères.

*

Mère douceur mère douleur. Comment les séparer ?

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Mais c’est quoi, être mère ?

 

 

D’abord cette banalité extraordinaire  : la procréation . 
D’un corps de femme, dès la puberté, peut sortir un autre corps. Privilège exorbitant dit Françoise Héritier dans « Masculin féminin «  que ce pouvoir féminin ».

Je me souviens.
C’est  l’enterrement de ma grand-mère paternelle, âgée de 85 ans. 
Comme dans « La mama » de Charles Aznavour, « Ils sont venus ils sont tous là »,  5 fils et deux filles, leurs conjoints. 34 petits-enfants, certains mariés, 5 ou 6 arrière-petits-enfants. Toute cette vie a pris le relais de la fragile vieille dame, toute cette vie sortie d’elle, qui n’en peut plus et peut partir tranquille. 
Sur les photos de famille, de mariage et de cousinages, on fait trôner les anciens à la place d’honneur.


C’est ma place maintenant, usée et fragile, minuscule au milieu de ma tribu de solides gaillards quand nous nous retrouvons. Petits-enfants presque adultes. C’est de moi, tout ce monde ? Sans moi, rien de tout ça, et sans ma mère, et sans mes grands-mères…le vertige des arbres généalogiques.
Et quelle banalité pourtant, la procréation au service de la survie de l’espèce, comme n’importe quel mammifère. Planète surpeuplée par l’aveugle instinct de reproduction.

Comme n’importe quel mammifère la femme engendre, nourrit,  puis meurt. Mais pour l’humain c’est bien plus compliqué.

 

Pour paraphraser Simone de Beauvoir, on ne naît pas mère on le devient. 
Pas toujours, même si la tradition n’a de cesse d’idéaliser ce rôle. Certaines femmes ne peuvent pas être mères, d’autres préfèrent ne pas l’être. Pour celles -ci, soit la relégation, soit la liberté, parfois les deux à la fois.


 Il  existe de bonnes mères et des mères indignes, des mères qui abandonnent, des mères qui tuent. 
Des mères aimantes et des mères accablées.
Des mères heureuses et des mères désespérées. 


Il entre en jeu tant de facteurs qu’on peut affirmer, avec Elisabeth Badinter, que l’instinct maternel n’existe pas. La femme s’habitue plus ou moins bien, ou pas du tout, à être mère. Comme elle le sent, comme on le vit autour d’elle.

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Et pour moi ?


L’ imitation c’est sûr. 
Ma mère d’abord, que ma mémoire revoit heureuse au milieu de sa tribu de 4, puis 5, puis 6. Une très ancienne image reste gravée en moi. Un banal jour d’été, je dois avoir 4ou 5ans, nous jouons tous les 4 autour du puits, près de la petite maison perchée qui a abrité nos premières années. Maman, tout près de nous, étend son linge au soleil, un sourire aux lèvres. 
La vie est dure pourtant, nous sortons de la guerre, le confort manque. 
Maman va à la fontaine tout en bas pour la corvée d’eau. Nous aimons l’y accompagner, ainsi qu’au lavoir , où les femmes se regroupent. Elle y a des amies chez qui nous récoltons bonbons et petits gâteaux. Maman semble à son aise dans cette vie tranquille et laborieuse. Papa est maçon et rentre tard, notre bonheur s’accroît quand il est là. Nous sommes heureux tranquillement ces premières années. 

C’est sans doute à ce moment que germe en moi  l’idée qu’à mon tour, sans bien savoir comment,  je serai maman. C’est l’ordre naturel des choses. On est petite fille, puis demoiselle ou jeune fille, on se marie et on a des enfants, puis on devient grand-mère. C’est ce que je vois autour de moi. Et c’est ce que je vais faire.
Les choses viennent petit à petit.
 Je joue à la poupée, avec mes sœurs et mes cousines, même si mes poupées sont modestes. Je suis maman, ou maîtresse, une façon plus intéressante d’être maman. 
Je joue à la maman avec le petit frère que j’ai eu à 7 ans, et surtout ma petite sœur quand j’ai  onze ans. Je suis grande déjà, « une bien jeune maman » me lance un jour un passant tandis que je promène le landau. Toutes les grandes sœurs connaissent à un moment cette fierté de « petite maman » .

Comment on devient mère ? C’ est encore flou dans mon esprit. Pas d’éducation sexuelle, ni à l’école ni dans la famille. A moi de me fabriquer ma théorie. A sept ans : le médecin arrivé vers 19h a apporté dans sa mallette le petit frère. Colère. Je ne veux pas le voir. Je voulais une petite sœur. Le médecin de famille était une sorte de voyageur de commerce, et je me demandais pourquoi les pauvres achetaient plus d’enfants que les riches.
Vers 10 ans je commence à deviner. Une jeune tante, après avoir beaucoup grossi, avait mis au monde des jumeaux, mais maman élude les explications. De même qu’après la naissance prématurée d’un petit cousin, décédé peu après. En observant, en espionnant les conversations adultes, j’affine mes théories. On répond mal à mes questions quand j’ose en poser, mais tout de même la naissance de ma petite sœur  déchire le voile. Je suis complice cette fois. Je sais enfin qu’elle ne sera pas apportée dans la sacoche du docteur. 
Très vite après une nouvelle étape, mon premier sang. Je ne savais rien, j’ai peur, je n’ en parle pas. Maman, étonnée de ma précocité, me rassure, et m’annonce ce qui m’attend. La « chose » n’est nommée que par périphrase. Plutôt encombrée par mon nouveau statut, je suis enviée par une cousine plus âgée qui, elle, attend ce moment : « Raconte-moi » . Une tante m’avertit que maintenant je pourrais avoir un bébé : attention aux garçons ! Je ne vois pas bien le rapport entre les garçons et les bébés, toute cette question reste bien trouble encore pour moi. Je l’élude en me lançant dans mes études.

Puis la maternité passe au second rang de mes préoccupations. Je n’ai plus autant envie de ressembler à ma mère. Dans les années 60 la maternité est plutôt un risque qu’il faut apprendre à éviter. J’ai autre chose à faire qu’être mère de famille. Je vais attendre quelques années, et finalement m’y décider, ou laisser faire, avant qu’il ne soit trop tard. Un peu avant 30 ans.

***

 Un saut dans l’inconnu c’est certain. 
Crainte et espoir alternent.
Le soupçon se mue en certitude, le corps émet des signes, le corps médical confirme, tout un système de contrôles se met en place. 
Mon corps change, de l’intérieur d’abord, des sensations, des lourdeurs. La fatigue et les nausées. L’odeur des frites que je ne supporte plus quand je fais mon stage à Lille. La cigarette que j’abandonne sans regret. Le poids à surveiller. Les fringales, envie de fruits et de laitages. 
La taille qui s’enrobe avant de s’arrondir, d’abord discrètement, mais ma mère a deviné quand je lui ai présenté mon futur mari que « j’avais mis la charrue avant les bœufs » . Elle ne me l’a dit que lorsque je lui ai annoncé, en même temps, la future naissance et le mariage, discret et loin de la famille. Régulariser la situation est important encore à l’époque, au début des années 70. 
Les premiers mouvements de cette autre vie dans mon corps, d’abord un frôlement, comme une caresse, que je guette, qui se transforment en coups de plus en plus hardis.Le  ventre qui s’arrondit inexorablement et pointe en avant, « ce sera un garçon ».
La première robe de grossesse qui exhibe mon nouvel état, plus moyen de le cacher, on me félicite pour l’heureux événement, ou on s’offusque comme l’examinateur du Capes, qui a sur ses fiches une jeune fille et doit noter une mère presque à terme, heureusement mariée dans l’intervalle. Car en même temps que je me prépare à mon rôle de mère j’amorce mon entrée dans la vie professionnelle : c’en est bien fini de mon insouciance estudiantine. 
Mes centres d’intérêt basculent, ma bibliothèque aussi, je me plonge dans les manuels médicaux, Laurence Pernoud fait autorité.

L’attente, à l’imaginer. Le deviner. Garçon ou fille ? Pas d’échographie, des mesures au mètre de couturière m’annoncent un gros bébé. Ou des jumeaux ? Il y en a dans ma famille, ils ne sont pas toujours prévisibles à l’auscultation du cœur, j’ai peur, mais n’y pense pas trop. Je lorgne vers poussettes et landaus qui se multiplient, dirait-on, en ce printemps qui précède la naissance. Je tricote , commande le landau Aubert multifonctions qui servira aussi de berceau, siège, poussette, nous sommes étroitement logés. Et j’attends. Je suis la préparation à l’accouchement dit « sans douleur » basé sur la maîtrise de la respiration. Mon poids est surveillé de près et un régime féroce est prescrit les trois derniers mois.
Enfin il est là. Un être nouveau, venu de moi, est dans mes bras. Dort à côté de moi. Pleure à côté de moi, bien réel, je me réveille la nuit pour vérifier.
 2 fois encore l’expérience se répètera. Un peu plus facile, un peu plus banale avec l’habitude, mais pourtant jamais exactement la même. Pourtant la plus marquante reste bien sûr la première, celle qui m’a faite mère.

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Mère nourricière.

 

 Elle n’en a pas fini la mère en donnant le jour. Elle devient réserve de nourriture, la nature a tout prévu. Le nourrisson à peine né cherche le sein . Même arrivé au monde dans le pire dénuement il s’accroche au sein nourricier, on le voit sur les images de famine, sur les routes de déportation et d’exil, jusqu’à ce que le sein lui-même se tarisse. 
La fonction peut être déléguée, nourrice, biberon, mais elle reste la base. Le corps, qui s’est adapté à la gestation, s’adapte à l’allaitement, les hormones entrent en ébullition. 
Être à disposition du petit tyran qui hurle sa faim, ça peut durer quelques jours, quelques semaines, quelques mois, ou plus, ça dépend des cultures, des choix, des conditions de vie, de l’état de santé, des modes et des injonctions du moment. Un bonheur ou un esclavage. 
Quoiqu’il en soit, il faut le nourrir ce petit être que l’on a mis au monde. C’est d’ailleurs dans ce but que l’homme a été condamné à « gagner son pain à la sueur de son front ». Et la préposée à l’alimentation, allaitement ou pas, c’est la mère. Et ça dure souvent toute la vie.

« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » « dimanche on va déjeuner chez ta mère ? Ah non c’est au tour de la tienne ». 
Chez la mère c’est pour manger. Ça lui fait tellement plaisir de nous voir, du moins c’est ce qu’ils pensent. Qu’elle soit bonne ou piètre cuisinière, elle ne peut qu’aimer ça, et fait de son mieux. La fille, ou la belle fille, se mesure à son tour et l’on compare recettes et tours de main. 

Les caddies remplis à ras bord, au moment des fêtes, la peur du manque, c’est  l’apanage de la mère. Le plein du frigo lui incombe. Lui incombe la sortie matinale à la supérette du coin, c’est sa sortie. Je la rencontre souvent, elle ou une autre, ployant sous le poids du cabas, des packs d’eau, un ou deux bambins à surveiller, parfois aidée d’une poussette à filet ou d’un chariot à roulettes. La même au marché du vendredi, à bousculer, surveiller son tour, négocier les affaires, car bien sûr elle doit nourrir abondamment au prix le plus avantageux, les enfants sont insatiables, le mari exigeant. C’est à elle, la mère, de gérer le « panier de la ménagère », c’est elle la « maîtresse de maison ». Et elle y prend goût à son rôle, le cède difficilement, chasse l’intrus de sa cuisine, celui qui va se tromper, déranger, gaspiller, cuire trop ou pas assez, épicer de travers. Une de mes amies redoutait la prochaine retraite de son mari : « je vais l’avoir dans les pattes, dans ma cuisine, il va vouloir m’aider… ». 

***

Mes débuts de mère nourricière sont désastreux.
 Mes débuts en cuisine sont tardifs, la cuisine de ma mère, efficace mais sans prestige, n’a éveillé en moi aucune passion. Puis la pension dont les plats en sauce et les féculents m’ont agrémentée de kilos superflus, puis le restaurant universitaire…
Je sais me servir de camping gaz et d’un réchaud électrique, ouvrir des boites de conserve et préparer un steak ou une omelette…Bref mon mari cuisine mieux que moi quand nous nous rencontrons. 
Jalouse de mon nouveau rôle j’acquiers « La cuisine pour tous »de  Ginette Mathiot, en livre de poche. Un maximum de recettes, un minimum d’encombrement. Avec l’ardeur du néophyte, à moi bœuf bourguignon, blanquette de veau, poulet basquaise, gratins et quatre quarts, parallèlement aux recettes exotiques. Quelques déboires, comme lorsque un ami de mon mari, musulman, refusa de toucher à mes ailes de poulet cuites au vin blanc. J’ai appris depuis à jongler avec les interdits alimentaires des uns et des autres.


Et comme mère ? L’allaitement maternel est à  la mode en 71. De la maternité Lariboisière au manuel de puériculture de Laurence Pernoud, tout est fait pour le rendre pratiquement obligatoire. Piètre nourricière, après la naissance de mon premier enfant, je sors épuisée de ce corps à corps vorace. Vidée. Fautive et incompétente. 
Un mois à résister pour l’aîné, à obéir aux injonctions du moment. Je maigris  tandis que le petit monstre hurleur  s’arrondit à vue d’œil. Enfin dans un réflexe d’autodéfense je le passe au Guigoz, sans avis de pédiatre mais sur le conseil de mon médecin.
D’autres mères ont eu l’expérience opposée. Contre le lobby du lait en poudre elles savourent le bonheur si naturel d’allaiter. Lobby qui, par ailleurs, a fait des ravages dans les pays en voie de développement. Là-bas  l’allaitement maternel reste le plus sûr. 

Mon petit affamé s’accommode du changement, mais voilà qu’on me reproche de trop le nourrir. il prend trop de poids. Les normes sont strictes à l’époque, les bébés joufflus sont passés de mode, « il va être obèse, et pour toute la vie » me menace la pédiatre de la PMI. Et surtout pas de farine, qui permet parfois de passer une nuit tranquille et de caler le petit estomac. Dès 2 mois, légumes et fruits mixés, et vite poisson, viande, il doit apprendre à manger de tout. C’est la révolution des « petits pots », qui s’agrandissent et se complexifient selon l’âge du bébé. Mais faire avaler des artichauts ou du poisson à un bébé de 2 mois ? carottes et compote, passe encore, c’est sucré. Il faut tricher, mélanger au biberon, chaque étape se mue en sport de combat. Et attention à ne pas laisser brûler dans la casserole les carottes que, pour une fois, j’avais tenu à préparer moi-même.

Pour les autres j’ai abrégé l’expérience. En matière d’alimentation comme d’éducation l’aîné essuie les plâtres, pour les suivants on s’en remet plus facilement au bon sens…et à l’expérience.  Mais non, être mère, ça ne va pas de soi, et il ne suffit pas de mettre un enfant au monde pour savoir s’en occuper.
On l’apprend sur le tas.
 
Famille nombreuse, famille affamée, j’ apprends  à répondre au quotidien. A prévoir en conséquence. Un peu mieux le dimanche. Les stocks de base pour parer au plus pressé, yaourts par packs de 16, lait par paquets de 6 briques, spaghetti bien sûr, steaks hachés frites pourquoi pas, je m’essaie aux pizzas et lasagnes, croque-monsieur pour changer, les enfants adorent, nutella bien sûr mais le vrai, choco BN, légumes aussi plus difficiles à faire accepter, bref la banalité du quotidien, jour après jour, comme une évidence. 
Les copains et copines invités à l’improviste, un de plus un de moins…
Et la famille élargie, plus on est de fous, on agrandit la table, on pousse les murs.


Et puis un jour ils vont manger ailleurs.

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