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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Être mère, une gloire ?

 

Une injonction du patriarcat séculaire plutôt.
L’homme prend femme pour assurer sa descendance et transmettre son nom et ses biens.
L’homme prend femme pour qu’elle lui donne des fils qui à leur tour auront des fils, et ainsi de génération en génération. 
Des filles aussi, qui quitteront père et mère et iront assurer la descendance d’un autre et qu’on échangera dans ce but. 
Cet échange scellera des alliances, de biens et de royaumes. On échange des princesses pour mettre fin aux guerres, pour perpétuer les dynasties, avec plus ou moins de bonheur, comme on le voit dans « L’échange des princesses » de Chantal Thomas. 
Épouse et mère telle est la destinée, de la reine à la plus modeste paysanne.

Etre mère, pas d’alternative. 
Les ambitieuses dépendent de la réussite de leurs époux et de leurs fils. La loi salique en France interdit aux filles d’hériter du trône. Catherine de Médicis est reine par la grâce de son mariage avec le futur Henri II, puis régente et reine mère au nom de ses fils. 
Mères régentes des rois de France qu’elles manœuvrent en coulisse. 
Mères organisatrices de mariages arrangeants, mieux vaut choisir avec soin sa belle-fille ou son gendre, comme le futur Henri 4 pour sa fille la reine Margot.

Du trône jusqu’à la moindre chaumière, mieux vaut être mère pour assurer ses vieux jours. Et mère de fils qui transmettront le titre, le nom, la fortune ou au moins vous assureront un prestige certain. N’avoir que des filles ? Les mentalités ont bien changé mais ce peut être encore une déception, un handicap, voire une calamité. En Chine , au nom de l’enfant unique, les petites filles étaient interdites de naissance ou disparaissaient peu après, pour garder une chance d’avoir un garçon. Un désastre démographique. En Inde les petites filles sont empêchées de naître , les filles, c’est un poids qui coûte cher. Malgré les lois.

Et surtout malheur à la femme stérile, objet de honte, pour le moins. Objet de répudiation, le contrat n’est pas rempli. 
Dans le film israélien « Kaddosh » d’ Amos Gitai, un juif orthodoxe est obligé de répudier la femme qu’il aime . Pourtant c’est lui qui est stérile, finit-on par découvrir.
En Iran la belle Soraya, incapable d’engendrer un héritier mâle, est répudiée par le tout puissant shah Mohammad Reza en 1958. L’amour sacrifié à la raison d’état, on en a pleuré dans les chaumières. C’est la nouvelle impératrice Farah Diba qui lui donnera enfin un fils. 
Imaginez un empereur sans descendance. 


Mère oui,  mais dans les règles. A condition de rester dans les liens sacrés du mariage. 
Et d’un mariage adoubé, si ce n’est arrangé, par la famille.
La honte des filles mères, l’ enfer des bâtards…la gêne pour ces enfants nés trop tôt après le mariage, que les mauvaises langues appellent « prématurés », ou ceux qui ressemblent au voisin, ou au facteur. Bien sûr les choses ont changé. 

Je vous parle d’un temps…

Pas si lointain. 

Odeline  a 19 ans. 
Odeline a deux sœurs juste un peu plus jeunes qu’elle, sans parler des plus petits, c’est une famille nombreuse comme la France les aime dans ces années 50, comme les aime aussi l’Eglise. 
Des enfants menés à la baguette, qui baissent le nez dans leur assiette quand le père parle. Qui ne « répondent » pas, qui d’ailleurs ne parlent pas à table. La mère non plus ne parle pas beaucoup quand le père est là. Une famille craignant Dieu, craignant le père et le jugement des autres.
Mais les 3 sœurs ont grandi. Elles sont belles, chacune à sa façon, et coquettes, ce n’est pas interdit. Le dimanche on se fait belles pour aller à la messe. Des petits décolletés, un « indéfrisable » lustré à la brillantine ou au vitapointe. Les premiers rouge à lèvres, la poudre de riz sur le nez et les pommettes, et l’indispensable eau de Cologne. Elles en passent du temps dans le cabinet de toilette et devant l’immense miroir de la salle à manger. La petite sœur et les petites cousines, invitées pour les vacances, pressentent, mi curieuses mi inquiètes, le temps où elles -mêmes, de petites filles, deviendront « jeunes filles ».

Les 3 grandes sœurs sont belles, sont coquettes comme doivent l’être des filles à marier.
D’ailleurs il se chuchote qu’elles « fréquentent », toutes en même temps, leurs âges sont si rapprochés. Et c’est tant mieux, les filles, il faut les caser, qu’elles ne restent pas trop longtemps à charge, et surtout avant qu’elles ne fassent des bêtises. 
Les filles aussi semblent pressées de prendre leur envol. Les gentils fiancés sont parfois invités à la maison, puis présentés à la famille, comme c’est l’usage.

Enfin, pas tous.

Odeline, l’aînée, fréquente René, un garçon du village aux yeux bleus ravageurs. Ils ont le même âge et ils s’aiment.
Mais René ne vient pas à la maison, pourtant il n’habite pas loin. Il n’est pas non plus présenté à la famille. Pourtant on le connaît, il est du pays, sa famille aussi, mais personne ne sait rien de leur amour, jusqu’au scandale.

Un jour , Odeline disparaît dans une clinique  catholique qui semble spécialisée dans ce genre de situation. Orientée par l’oncle curé, le frère de sa mère. 
L’oncle curé tient au secret, que la honte ne s’abatte pas sur la famille. 
Dans une lettre soigneusement dactylographiée il reproche à la grand-mère d’en avoir parlé avec son autre fille. Pauvre grand-mère qui voudrait tant protéger sa première petite-fille, quel que soit le péché commis, et a cru bon de confier son désarroi. Non, dit la lettre dactylographiée, on n’en parle pas sans me demander l’autorisation. Je suis prêtre, je sais ce qu’il faut faire. 
Quelle compétence en maternité ! Car il s’agit de maternité, mais ni mères et ni grand-mères n’ont  leur mot à dire. Sans parler de la principale intéressée.

Odeline est à la maternité, on ne doit pas en parler. Odeline met au monde un magnifique garçon, dont personne ne fête la naissance. Un nouveau -né dont on ne parle qu’en chuchotant. Il est placé chez une nourrice.  Odeline reste un temps à la clinique pour travailler, histoire de rembourser les frais engagés. 
« Je ne veux pas le voir », ainsi est accueilli le petit Benoit par son grand père. Le père est, lui, tout à fait disposé à régulariser la situation, mais il n’en est pas question, « ma fille n’épousera pas un voyou ».

Le grand-père est terrible, le grand-père ne supporte pas l’affront. La grand-mère ? Et bien la grand-mère n’a pas le loisir d’en penser grand-chose. En même temps que grand-mère elle se retrouve elle-même mère de son huitième enfant. Une jolie petite fille qui est donc la tante d’un beau petit garçon qui a exactement son âge à un mois près. Il y perd ses repères, le pauvre grand-père intraitable, à devenir en même temps père et grand-père.

Odeline est encore mineure, mais plus pour longtemps.

Odeline atteint 21 ans. Son mariage est célébré en même temps que celui de ses sœurs. Plus discrètement pourtant.
La grand-mère avait posé la condition : j’assisterai aux 3 mariages, ou à aucun.
Le petit Benoît, bel enfant de l’amour, retrouve ses parents.
Le grand-père intransigeant l’adopte dès qu’il le voit.  Bien sûr, il sera le préféré. Le gendre « voyou » se révèle un père de famille exemplaire.
3 autres enfants  viendront chez Odeline et René.  Bientôt la famille va s’installer dans sa nouvelle maison, construite juste à côté de celle des parents. Les deux générations cohabitent sans heurt, tout est rentré dans l’ordre.

Les histoires ne se terminent pas toujours aussi bien.

Les ecclésiastiques, préposés aux situations délicates, organisent parfois de curieuses rencontres, dans l’intérêt des  familles. La jeune fautive, éloignée du domicile, est discrètement orientée vers une clinique spécialisée. Dès la naissance l’enfant lui est  arraché et donné, ou vendu ( ?) à une femme stérile qui, à l’aide d’une prothèse, avait fait croire à sa grossesse. La tractation a été organisée par la famille entre chuchotements et messes basses, l’intéressée, souvent très jeune, n’a pas son mot à dire. C’est ce récit terrifiant que nous livre Éric Fottorino dans « Dix sept ans », l’âge de la jeune mère dont on a volé la petite fille.

Sans parler des enfants abandonnés, étouffés, des mères suicidées, des bonnes mises à la porte pour avoir succombé, de gré ou de force, aux charmes du patron ou du fils de famille.
Pour ajouter à l’horreur je pense à toutes ces femmes violées, notamment en temps de guerre, et qui doivent vivre avec l’enfant de leur bourreau et le rejet de leur entourage. 

 

 

 

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