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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Promenades

Périmètres imaginaires.

 

 

Je suis née et j’ai grandi dans un petit village dont l’horizon est limité : d’un côté, la chaîne du Vercors, dans le lointain, au-delà de la vallée de l’Isère. De l’autre, collines et plateaux où alternent prairies, forêts, champs de blé ou de luzerne. C’était mon territoire.  Enfant je l’occupais et le coloriais au gré de ma fantaisie.  Plus tard, à chacun de mes retours, j’en redécouvrais la variété et le pittoresque. 
À l’instar des Bushmen du film « les dieux sont tombés sur la tête », pour qui le monde s’arrête au bord de la falaise, les collines au Nord et surtout les montagnes au Sud fermaient le périmètre de mon imagination. Ma géographie n’autorisait pas l’infini. Une expédition familiale hors de ces limites, vers l’âge de six ans, me lança dans des spéculations métaphysiques intenses. Comment ces villages, ces villes, ces habitants pouvaient-ils mener tranquillement une existence dont je n’avais jamais eu le moindre soupçon ? D’autres enfants allaient à l’école comme moi, d’autres fidèles fréquentaient d’autres églises que celle de mon village et y faisaient les mêmes dévotions.  Tout cela existait, depuis toujours peut-être, et à mon insu. Je n’étais plus au centre du monde. Celui-ci s’était déplacé avec mon voyage. Ce qui existait ne coïncidait plus avec ce que je voyais tous les jours. Comment peut-on être persan ? se demandait Montesquieu. Comment peut-on être d’ailleurs ?

J’ai un peu grandi. De la fenêtre de la salle de classe, mon regard s’égare sur les prairies et les bois. Comme l’écolier de Prévert, je repousse les murs. J’ai appris à me dédoubler et réponds parfaitement aux questions de la maîtresse. Rarement prise en défaut, je suis dans la classe et entends la leçon.  Et vole à travers bois et prairies. Ici et ailleurs. Bien au-delà des champs et des bois, la petite école me transporte, par la grâce de la carte de France suspendue juste à côté du tableau noir. Le Bassin Parisien, le Bassin Aquitain, les Alpes, le Jura, les Vosges, le Massif Central et les Pyrénées. La Seine la Loire le Rhône...Paris Lyon Marseille ...la Manche la Mer du Nord l’Océan Atlantique et la Méditerranée, et au-delà des frontières des esquisses d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, de Belgique...Les plaines en vert, le ruban plus ou moins épais des fleuves et des affluents en réseaux, les plateaux ocrés et le brun tourmenté des chaînes de montagnes, des plus anciennes, arrondies, assagies, aux plus neuves, culminant aux 4807m du Mont Blanc. Les mers et les océans en bleu plus ou moins foncé selon la profondeur. Les villes, en caractères plus ou moins gros selon l’importance, capitale, préfectures et sous-préfectures. Les mêmes cartes sont reproduites, au crayon de couleur, en bonne place dans les cahiers aux pages quadrillées par des doigts de plus en plus habiles.
Les leçons se récitent au mot près, toujours les mêmes d’année en année, debout à côté du bureau. Pour qui a un peu de mémoire elles s’enregistrent toutes seules, à force d’être répétés et entendues telles des litanies, dans la classe unique dont on franchit les paliers en changeant simplement de rangée. Il faudrait être sourde ou bien distraite pour ne pas enregistrer dès 7 ans les leçons égrenées par les grandes de 12 ans ou plus. Comme des comptines. Comme les règles de grammaire, bijou caillou chou genou, ou les tables de multiplication.
Je n’en finis pas, de mon petit coin de pays même pas noté sur la carte, d’imaginer tant de paysages peuplés de tant d’inconnus. L’exaltation suprême, pourtant, ce fut la France d’Outre-mer.
Très vite je m’évade des frontières de cette France bien étriquée. De cette Europe qui m’apparaît tout à coup le plus petit des continents. La France s’étale, pour mon plus grand bonheur, sur toute la planète. Ces rêves d’empire ne m’ont pas empêchée d’applaudir aux indépendances, chaque chose en son temps ! Il m’en est resté l’envie du large.
*
Les cinq comptoirs de l’Inde : Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé, récités d’une traite, sans reprendre mon souffle. Des noms définitivement inscrits dans ma mémoire. Les sonorités chantent et m’enchantent pendant que la maîtresse promène sa règle tout autour du sous-continent. Des morceaux de France sous les Tropiques et la mousson, parmi les odeurs d’épices et les populations bigarrées. De ces populations, de cette végétation, je sais bien peu de choses. Des couleurs, un décor exotique, cela me suffit. L’Inde vient de quitter la couronne britannique, je n’en ai cure. J’ignore l’épopée de Gandhi : nous avons les cinq comptoirs. Plus pour longtemps, mais comment le saurais-je ? 
Déjà la règle de la maîtresse, glisse à l’Est, plus à droite sur la carte, sur la jungle mystérieuse de l’Indochine française. Ces noms appris par cœur, ces vieux noms désormais ensevelis sous la défaite de Dien Bien Phu : Tonkin capitale Hanoï, Annam capitale Hué, Cochinchine capitale Saïgon, Laos, Cambodge…Ces images de rizières et de forêts impénétrables m’inquiètent, je ne sais pas trop pourquoi.  Nous étions en guerre là-bas, une guerre bizarre et lointaine dont on ne parlait pas.  Dont on ne savait rien. Pourtant un de mes jeunes oncles y servait dans la gendarmerie coloniale. Dans ma famille, nichée au creux de ses collines, les guerres tenaient lieu de voyages et d’aventures. Un prestige certain auréolait ceux qui étaient loin. Ceux qui avaient vu du pays, en ramenaient des souvenirs et des récits. Ceux qui avaient couru des risques, frôlé la mort parfois. Ce jeune oncle est le fils d’un médaillé de Verdun, héros discret mais porte-drapeau des commémorations du 11 novembre au monument aux morts du village. 
Lorsque le jeune oncle réintégra ses foyers, on donna une grande fête en son honneur. Flattée d’y être invitée, je me souviens qu’il venait de faire la connaissance de sa fillette de 2 ans.
L’Indochine s’invita à nouveau dans mes collines. La guerre allait finir. Un jeune homme du village, âgé de 22 ans, venait d’y perdre la vie. Engagé volontaire, on le disait « tête brûlée ». Je me souviens du deuil de sa famille, et, sur le chemin cahotant du petit cimetière, des impressionnantes funérailles militaires. Sa tombe jouxte celle où reposent maintenant mes parents. Son nom a été ajouté à ceux de la grande guerre, sur le monument aux morts.

Cette guerre se terminait, un peu irréelle si loin de nos foyers. Pas de champ de bataille à nos frontières. Pas de familles décimées, de récits patriotiques, de héros de guerre. Nous n’avions pas connu de privations, de soldats étrangers dans nos villes, de massacres dans nos églises. Les informations, officielles et filtrées je suppose, ne parvenaient pas jusqu’à nous. Contre qui nous battions-nous ? l’ennemi héréditaire allemand était hors-jeu. Pas non plus d’italiens, d’anglais, d’espagnols, ni même de Sarrazins, contrairement aux guerres habituelles. Nous affrontions des populations étranges, tour à tour méprisées et redoutées. Notre « supériorité   civilisatrice » cernait mal ces orientaux forcément « inférieurs », cruels et sournois ... Des missionnaires avaient semblé-t-il été massacrés en Chine, martyrs de leur foi. Le Japon allié de l’Allemagne venait d’être écrasé à Hiroshima. La guerre de Corée, mal connue, alimentait la terreur du péril communiste. Mais ce n’est que plus tard que l’histoire est venue éclairer les images approximatives que je me faisais de ce monde lointain.
Bientôt le nom même d’Indochine ne fut plus qu’un souvenir. J’ai pourtant trouvé une « avenue des anciens d’Indochine », récemment, dans une petite ville où j’étais en villégiature.
Une dizaine d’années plus tard, la guerre du Vietnam devait mobiliser les masses étudiantes du Quartier latin. Finis les empires : j’y défendais maintenant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais peut-être n’était-ce que ce même rêve d’ailleurs ? Bientôt le drame des boat people nous ouvrit les yeux, tandis qu’au Cambodge les héros de la liberté massacraient leur propre peuple. Mon bref engouement pour la Chine révolutionnaire céda aussi devant la réalité des famines et des massacres…
Et puis ça et là, parfois, à travers les livres, l’Indochine m’est revenue. Notamment grâce à Marguerite Duras dans « L’amant » et surtout « Le barrage contre le Pacifique ».

Retour à la leçon de géographie, ou d’histoire, je ne sais plus. 


 Ma préférée est sans conteste la carte d’Afrique. En Afrique du Nord, vers 1900, Lyautey installe un protectorat au Maroc.  Depuis longtemps Bugeaud a conquis l’Algérie, triomphant de la « résistance opiniâtre d’Abdelkader ». J’admire à tour de rôle, sans complexe, conquérants et résistants. Les missionnaires de la civilisation et les farouches guerriers du désert. Pour moi c’est de l’espace en plus, la France « de Dunkerque à Tamanrasset ». Le désert me fascine. « René Caillé à Tombouctou » : biographie ou légende, je me laisse embarquer. 


Du côté de l’Algérie aussi le réel allait bientôt me rattraper. De jeunes soldats, à peine plus âgés que moi, partaient y faire la guerre en guise de service militaire. Trois de mes cousins y ont passé deux ans. Pour ceux-là, pas de gloriole et beaucoup de silence. Cette guerre qui ne disait pas son nom nous concernait pourtant. Il y eut aussi les retours de ceux que l’indépendance avait chassés. Quelques nouveaux élèves sont arrivés en cours d’année dans mon lycée. Les plaies étaient à vif. Mon professeur de philo fut « dénoncé » pour avoir tenu en classe des propos favorables à l’indépendance. Un autre jeune professeur, déserteur, avait rallié le FLN. Une manifestation s’était terminée avec des morts à Paris. Des appartements étaient plastiqués et de Gaulle avait échappé de peu à l’attentat du Petit Clamart. Les plaies sont encore mal refermées, de part et d’autre, plusieurs générations après.


Mais retournons à la carte de la petite école, et aux immenses espaces de l’Afrique Occidentale et de l’Afrique Équatoriale françaises.  Savorgnan de Brazza avait, nous disait-on, conquis pacifiquement ces territoires, est-ce pour cela que je leur vouais une affection particulière ? 
Le Sénégal, le Soudan français devenu Mali, la Côte d’Ivoire, la Haute Volta devenue Burkina Faso, le Dahomey devenu Bénin, la Guinée et la Mauritanie, voilà pour l’AOF. Des capitales aux noms qui sonnent : Dakar, Bamako, Abidjan. Conakry. Tout au Nord Tombouctou aux portes du désert. Les fleuves Niger et Sénégal. Des images de savane, de baobabs, de terre rouge ; des grappes d’enfants nus aux yeux immenses. Je ne sais plus d’où me viennent ces clichés d’un monde primitif et inviolé. Pourtant j’en retrouverais certains, bien plus tard, au cours d’un voyage.
L’AEF me semble plus étrange, étouffante dans l’épaisseur de ses forêts. Le fleuve Congo, Brazzaville, l’Oubangui Chari devenu République centrafricaine, patrie du sinistre Bokassa. 
Dans ces espaces règnent la République et les missions catholiques. L’école publique et les leçons de catéchisme fournissent l’essentiel de mes connaissances. Les populations y apparaissent arriérées et reconnaissantes. Des missionnaires en blanc, tout en propageant leur évangile, ouvrent écoles et hôpitaux. Pleine d’ardeur mystique je rêve de rejoindre leurs rangs. Ou alors, portée par l’idéal républicain, quelques années plus tard, j’irai simplement y faire la classe. 
La boîte de Banania trône sans complexe sur la table du petit déjeuner tandis que pour moi monte de ces terres un chant profond. Quelques lectures, le film « il est minuit Dr Schweizer » … C’est sûr, un jour, j’irai. Bonne sœur, maîtresse d’école ou exploratrice, qui pouvait savoir ?
L’Afrique aussi m’a rattrapée. Sur le marché de la petite ville de mon enfance un homme noir vendait des produits exotiques. C’était le « marchand de cacahuètes », accompagné d’une belle femme blonde et de deux magnifiques enfants métis.  Je voulais les mêmes. Et j’ai eu les mêmes. Bien des années plus tard, 2 garçons et une fille ont rattaché ma vie à ces anciens rêves d’ailleurs. 


L’Afrique, je l’ai retrouvée à Paris, au cours de mes années d’études. Dans les rues de Paris, sur les bancs des universités parisiennes, dans les cités universitaires, aux portes des usines périphériques, aux heures de pointe du métro, dans les foyers de l’Est parisien, dans les bidonvilles du Nord, l’ex empire semble s’être donné rendez-vous. Une autre Afrique que celle de la carte d’école. Des noms ont changé. Le Soudan français est devenu Mali, et ses citoyens, tout fiers de leur dignité retrouvée, se pressent dans les foyers d’immigrés et les résidences étudiantes pour y refaire le monde. Pour planter les graines du pays qu’ils rêvent de reconstruire, c’est juré, dès qu’ils rentreront au pays. Et pour commencer, ils exigent d’être respectés ici même. Comme les ouvriers français avec qui ils ont occupé des usines. Pendant que je rêvais d’ailleurs, ailleurs est venu à moi. Quel rêve de France a précédé la grande migration ? Pourquoi se sont-ils arrachés à leur terre rouge, à leurs villages, à leur soleil ? Ils arrivent, s’entassent dans des foyers qu’ils quittent aux froides aurores, métro boulot dodo, à l’usine, au chantier, ou le long des caniveaux. Pour se tenir chaud, des palabres, des solidarités. Des fêtes aussi, où je suis bientôt invitée.
 Même si la rencontre était peu probable, les circonstances et la curiosité me poussent devant les portes d’usine. Je découvre un bidonville jouxtant la nouvelle faculté de Nanterre. Je suis accueillie dans un foyer malien de Bagnolet, partage une ou 2 fois le rituel riz en sauce. 4 lits superposés se serrent dans de minuscules chambres. On y dort parfois à tour de rôle. J’y ai mon entrée, grâce à celui qui deviendra le père de mes enfants. Et mon univers change d’axe. 
Mes héros ont changé. De jeunes et beaux leaders comme Lumumba, assassiné et glorifié. Senghor le poète et homme d’état. Des coups d’état et des coups de bravoure. Le monde se refait, nous n’en sommes plus les maîtres. Je veux le rêver neuf et pur, déjà pourtant il se déchire. De grands écrivains m’aident à le comprendre, notamment l’inoubliable « Ségou » de Maryse Condé retraçant la longue histoire du Mali. Des empires fabuleux ont existé, des civilisations passionnantes nous ont précédés et veulent renaître. Notre empire n’a été qu’un accident imposé par la force ou la ruse sur des histoires millénaires.  Pourtant nos histoires restent inséparables, pour le meilleur ou le pire ? Je rêve d’un grand métissage mondial où se mêleraient joyeusement cultures et origines, je rêve…

Ma géographie se déporte dans l’enceinte même de la capitale. Je laiss la riante banlieue sud, délaisse les charmes du Quartier latin, ses souvenirs de pavés et sa vénérable Sorbonne, ses librairies et ses bistrots. Les errances de bords de Seine, l’île de la Cité, les bouquinistes et les jardins. Mon nid s’installe plus au Nord, la République, Belleville, Gare du Nord, Barbès, Clignancourt, Bagnolet et Montreuil. Je change de voisins et délaisse le cinéma d’art et d’essai. Je découvre la douceur des mangues, les plats pimentés m’arrachent des larmes. Mes premières expériences culinaires sont exotiques. Je m’initie à quelques bribes de Bambara et supporte patiemment les interminables salutations et la complexité des cousinages. 


Il était arrivé quelques années avant. Son pays, tout neuf, tout fier de son nouveau nom et de son indépendance toute fraîche, exportait vers nos côtes ses forces les plus vives. Nos usines les réclamaient. Malade d’une traversée épuisante, c’est à Bordeaux qu’il a débarqué. 
Orphelin de mère et père, seul, sauvé des eaux après un tragique accident de pirogue, son enfance chaotique s’est trimballée entre famille paternelle et maternelle. Mais très vite il a dû « mériter » le gîte et le couvert. Il est allé un peu à l’école, ce qui le désigne pour les corvées administratives, comme les déclarations à l’état civil des petits « frères » et « sœurs » qui ne manquent pas d’arriver.  Il a vendu à la sauvette aux abords des stades et cinémas, s’est introduit en fraude dans les cinémas et les stades, a échappé à l’école des missionnaires qui voulaient le convertir. Sa famille partagée entre chrétiens et musulmans n’a récolté chez lui que refus des deux confessions. Il a appris le métier de boulanger, a tenté sa chance à la boxe, a bourlingué dans les pays voisins, mais devait rapporter « en bon fils » le fruit de son labeur à une famille infiniment extensible...le petit orphelin privé de foyer est prêt pour la grande aventure. Celle de l’ailleurs. Du rêve européen. De la métropole qui reste l’eldorado, indépendance ou pas. 


Chacun avait fait son bout de chemin. Dans le Paris de ces années -là, où l’on avait proclamé l’imagination au pouvoir, nos périmètres ont pu se rencontrer.
Si bien qu’un oui réciproque et joyeux scella ce beau hasard devant Monsieur le maire du 10ème arrondissement, sans flonflons et sans façon, sans famille aussi. Seulement quelques amis, dont les 2 témoins. Notre minuscule studio a suffi pour partager un plat exotique. Dans les assiettes offertes en cadeau de mariage, qui a longtemps constitué l’essentiel de notre équipement ménager.
Un mariage rapide, un mariage arrangé ou plutôt arrangeant ? Chacun se trouve hors des codes de son clan. Il faut pourtant composer avec le réel. Pas de bénédiction, une formalité administrative pour simplifier la vie. Le double nom sur la boîte à lettres n’était pas encore la norme. Une mutation professionnelle était facilitée par l’argument du rapprochement conjugal. Et surtout une prochaine naissance, pas vraiment réfléchie mais tout à fait acceptée, nous pousse à « régulariser » la situation. Après le pas de côté, l’épreuve d’une vie à tisser.

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