Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».
11 Décembre 2019

Pour commencer Michelle offre le téléphone. Comme un cordon ombilical de la petite fille à la grand-mère. « Tu pourras me prévenir, en cas d’imprévu, de retard ». Je pourrai te joindre au moins par message…te rappeler à l’ordre si tu prends tes aises avec les horaires…te suivre à défaut de t’ accompagner…calmer mon inquiétude…savoir que tout se passe bien après un rendez-vous médical, une démarche administrative ou une sortie entre copines…si le portable avait existé quand ta mère avait ton âge…
En attendant mieux, Michelle remet à zéro un ancien portable qu’elle a gardé, « ça peut toujours servir », l’équipe d’une SIM à 2 euros, 2 heures de communications mensuelles sont largement suffisantes sans compter les sms illimités. Elle est contente Michelle, ce premier problème est réglé avec diligence.
Peut-être trop vite ?
La classe n’a pas commencé, les démarches administratives sont à peine entreprises, aucun rendez-vous n’a encore été pris, Mamoune n’a pas encore mis un pied dehors. A peine installée, les vêtements rangés à la hâte, déjà le petit accessoire se greffe dans sa main droite, écouteurs branchés dans les oreilles. Le nouveau téléphone s’installe dans sa vie.
Et ce n’est pas pour communiquer avec sa grand-mère, ou si peu.

« Je t’appelle à la sortie des cours, on se retrouve pour les courses ». Michelle attend un peu, 16h30, elle sort de chez elle, manque l’appel de 16h35. Elle se pose près du City, vérifie, rappelle, rappel de l’autre côté, « où es-tu ? » Et au milieu d’un brouhaha inaudible, « je suis là, j’ai couru ». Les joies de la communication directe…pense Michelle à deux doigts de rebrousser chemin. Ou encore ce sms urgent pour annuler un rendez-vous « mon téléphone était au fond du sac, je ne l’ai pas rallumé en sortant de cours ». Un autre sms jamais reçu, dans un sens, ou dans l’autre, attente, inquiétude, suspicion.
Un soir, il commence à se faire tard, Michelle s’inquiète, « où en es-tu ? ».
Pas de réponse, Michelle se raisonne, se calme, juste un moment, mais l’imagination s’affole. Mamoune n’a pas précisé son heure de retour quand elle est partie pour ces heures de baby-sitting. Michelle n’a ni nom ni adresse où la chercher, tout peut se passer, c’est peut être un piège, pourquoi l’avoir laissée se rendre à ce rendez-vous ?
Elle refait le n°, tombe sur le répondeur, « rappelle -moi, à quelle heure rentres-tu ? » . Enfin un rappel, « ne t’inquiète pas on va me ramener, ils viennent juste de rentrer, ils étaient à un mariage, ont un peu tardé, mais on me ramène ne t’inquiète pas », et puis toujours rien. Michelle gâche sa soirée à ne pouvoir penser à rien d’autre, rappelle, la même réponse, « t’inquiète on me ramène », il n’empêche….
Enfin la clef dans la serrure. Tout s’est bien passé, elles en rient de cette panique de Michelle.
Satané téléphone même pas capable de la tranquilliser…