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Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

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Fête des mères 8

Et pour moi ?


L’ imitation c’est sûr. 
Ma mère d’abord, que ma mémoire revoit heureuse au milieu de sa tribu de 4, puis 5, puis 6. Une très ancienne image reste gravée en moi. Un banal jour d’été, je dois avoir 4ou 5ans, nous jouons tous les 4 autour du puits, près de la petite maison perchée qui a abrité nos premières années. Maman, tout près de nous, étend son linge au soleil, un sourire aux lèvres. 
La vie est dure pourtant, nous sortons de la guerre, le confort manque. 
Maman va à la fontaine tout en bas pour la corvée d’eau. Nous aimons l’y accompagner, ainsi qu’au lavoir , où les femmes se regroupent. Elle y a des amies chez qui nous récoltons bonbons et petits gâteaux. Maman semble à son aise dans cette vie tranquille et laborieuse. Papa est maçon et rentre tard, notre bonheur s’accroît quand il est là. Nous sommes heureux tranquillement ces premières années. 

C’est sans doute à ce moment que germe en moi  l’idée qu’à mon tour, sans bien savoir comment,  je serai maman. C’est l’ordre naturel des choses. On est petite fille, puis demoiselle ou jeune fille, on se marie et on a des enfants, puis on devient grand-mère. C’est ce que je vois autour de moi. Et c’est ce que je vais faire.
Les choses viennent petit à petit.
 Je joue à la poupée, avec mes sœurs et mes cousines, même si mes poupées sont modestes. Je suis maman, ou maîtresse, une façon plus intéressante d’être maman. 
Je joue à la maman avec le petit frère que j’ai eu à 7 ans, et surtout ma petite sœur quand j’ai  onze ans. Je suis grande déjà, « une bien jeune maman » me lance un jour un passant tandis que je promène le landau. Toutes les grandes sœurs connaissent à un moment cette fierté de « petite maman » .

Comment on devient mère ? C’ est encore flou dans mon esprit. Pas d’éducation sexuelle, ni à l’école ni dans la famille. A moi de me fabriquer ma théorie. A sept ans : le médecin arrivé vers 19h a apporté dans sa mallette le petit frère. Colère. Je ne veux pas le voir. Je voulais une petite sœur. Le médecin de famille était une sorte de voyageur de commerce, et je me demandais pourquoi les pauvres achetaient plus d’enfants que les riches.
Vers 10 ans je commence à deviner. Une jeune tante, après avoir beaucoup grossi, avait mis au monde des jumeaux, mais maman élude les explications. De même qu’après la naissance prématurée d’un petit cousin, décédé peu après. En observant, en espionnant les conversations adultes, j’affine mes théories. On répond mal à mes questions quand j’ose en poser, mais tout de même la naissance de ma petite sœur  déchire le voile. Je suis complice cette fois. Je sais enfin qu’elle ne sera pas apportée dans la sacoche du docteur. 
Très vite après une nouvelle étape, mon premier sang. Je ne savais rien, j’ai peur, je n’ en parle pas. Maman, étonnée de ma précocité, me rassure, et m’annonce ce qui m’attend. La « chose » n’est nommée que par périphrase. Plutôt encombrée par mon nouveau statut, je suis enviée par une cousine plus âgée qui, elle, attend ce moment : « Raconte-moi » . Une tante m’avertit que maintenant je pourrais avoir un bébé : attention aux garçons ! Je ne vois pas bien le rapport entre les garçons et les bébés, toute cette question reste bien trouble encore pour moi. Je l’élude en me lançant dans mes études.

Puis la maternité passe au second rang de mes préoccupations. Je n’ai plus autant envie de ressembler à ma mère. Dans les années 60 la maternité est plutôt un risque qu’il faut apprendre à éviter. J’ai autre chose à faire qu’être mère de famille. Je vais attendre quelques années, et finalement m’y décider, ou laisser faire, avant qu’il ne soit trop tard. Un peu avant 30 ans.

***

 Un saut dans l’inconnu c’est certain. 
Crainte et espoir alternent.
Le soupçon se mue en certitude, le corps émet des signes, le corps médical confirme, tout un système de contrôles se met en place. 
Mon corps change, de l’intérieur d’abord, des sensations, des lourdeurs. La fatigue et les nausées. L’odeur des frites que je ne supporte plus quand je fais mon stage à Lille. La cigarette que j’abandonne sans regret. Le poids à surveiller. Les fringales, envie de fruits et de laitages. 
La taille qui s’enrobe avant de s’arrondir, d’abord discrètement, mais ma mère a deviné quand je lui ai présenté mon futur mari que « j’avais mis la charrue avant les bœufs » . Elle ne me l’a dit que lorsque je lui ai annoncé, en même temps, la future naissance et le mariage, discret et loin de la famille. Régulariser la situation est important encore à l’époque, au début des années 70. 
Les premiers mouvements de cette autre vie dans mon corps, d’abord un frôlement, comme une caresse, que je guette, qui se transforment en coups de plus en plus hardis.Le  ventre qui s’arrondit inexorablement et pointe en avant, « ce sera un garçon ».
La première robe de grossesse qui exhibe mon nouvel état, plus moyen de le cacher, on me félicite pour l’heureux événement, ou on s’offusque comme l’examinateur du Capes, qui a sur ses fiches une jeune fille et doit noter une mère presque à terme, heureusement mariée dans l’intervalle. Car en même temps que je me prépare à mon rôle de mère j’amorce mon entrée dans la vie professionnelle : c’en est bien fini de mon insouciance estudiantine. 
Mes centres d’intérêt basculent, ma bibliothèque aussi, je me plonge dans les manuels médicaux, Laurence Pernoud fait autorité.

L’attente, à l’imaginer. Le deviner. Garçon ou fille ? Pas d’échographie, des mesures au mètre de couturière m’annoncent un gros bébé. Ou des jumeaux ? Il y en a dans ma famille, ils ne sont pas toujours prévisibles à l’auscultation du cœur, j’ai peur, mais n’y pense pas trop. Je lorgne vers poussettes et landaus qui se multiplient, dirait-on, en ce printemps qui précède la naissance. Je tricote , commande le landau Aubert multifonctions qui servira aussi de berceau, siège, poussette, nous sommes étroitement logés. Et j’attends. Je suis la préparation à l’accouchement dit « sans douleur » basé sur la maîtrise de la respiration. Mon poids est surveillé de près et un régime féroce est prescrit les trois derniers mois.
Enfin il est là. Un être nouveau, venu de moi, est dans mes bras. Dort à côté de moi. Pleure à côté de moi, bien réel, je me réveille la nuit pour vérifier.
 2 fois encore l’expérience se répètera. Un peu plus facile, un peu plus banale avec l’habitude, mais pourtant jamais exactement la même. Pourtant la plus marquante reste bien sûr la première, celle qui m’a faite mère.

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F
coté éducation sexuelle les règles sont arrivées sans que je sois prévenue. Pour les rapports sexuels c'est la cour d'école qui s'est chargée de mon éducation
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