Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».
2 Août 2019

D’abord cette banalité extraordinaire : la procréation .
D’un corps de femme, dès la puberté, peut sortir un autre corps. Privilège exorbitant dit Françoise Héritier dans « Masculin féminin « que ce pouvoir féminin ».
Je me souviens.
C’est l’enterrement de ma grand-mère paternelle, âgée de 85 ans.
Comme dans « La mama » de Charles Aznavour, « Ils sont venus ils sont tous là », 5 fils et deux filles, leurs conjoints. 34 petits-enfants, certains mariés, 5 ou 6 arrière-petits-enfants. Toute cette vie a pris le relais de la fragile vieille dame, toute cette vie sortie d’elle, qui n’en peut plus et peut partir tranquille.
Sur les photos de famille, de mariage et de cousinages, on fait trôner les anciens à la place d’honneur.
C’est ma place maintenant, usée et fragile, minuscule au milieu de ma tribu de solides gaillards quand nous nous retrouvons. Petits-enfants presque adultes. C’est de moi, tout ce monde ? Sans moi, rien de tout ça, et sans ma mère, et sans mes grands-mères…le vertige des arbres généalogiques.
Et quelle banalité pourtant, la procréation au service de la survie de l’espèce, comme n’importe quel mammifère. Planète surpeuplée par l’aveugle instinct de reproduction.
Comme n’importe quel mammifère la femme engendre, nourrit, puis meurt. Mais pour l’humain c’est bien plus compliqué.
Pour paraphraser Simone de Beauvoir, on ne naît pas mère on le devient.
Pas toujours, même si la tradition n’a de cesse d’idéaliser ce rôle. Certaines femmes ne peuvent pas être mères, d’autres préfèrent ne pas l’être. Pour celles -ci, soit la relégation, soit la liberté, parfois les deux à la fois.
Il existe de bonnes mères et des mères indignes, des mères qui abandonnent, des mères qui tuent.
Des mères aimantes et des mères accablées.
Des mères heureuses et des mères désespérées.
Il entre en jeu tant de facteurs qu’on peut affirmer, avec Elisabeth Badinter, que l’instinct maternel n’existe pas. La femme s’habitue plus ou moins bien, ou pas du tout, à être mère. Comme elle le sent, comme on le vit autour d’elle.