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Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

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Fête des mères 9

Mère nourricière.

 

 Elle n’en a pas fini la mère en donnant le jour. Elle devient réserve de nourriture, la nature a tout prévu. Le nourrisson à peine né cherche le sein . Même arrivé au monde dans le pire dénuement il s’accroche au sein nourricier, on le voit sur les images de famine, sur les routes de déportation et d’exil, jusqu’à ce que le sein lui-même se tarisse. 
La fonction peut être déléguée, nourrice, biberon, mais elle reste la base. Le corps, qui s’est adapté à la gestation, s’adapte à l’allaitement, les hormones entrent en ébullition. 
Être à disposition du petit tyran qui hurle sa faim, ça peut durer quelques jours, quelques semaines, quelques mois, ou plus, ça dépend des cultures, des choix, des conditions de vie, de l’état de santé, des modes et des injonctions du moment. Un bonheur ou un esclavage. 
Quoiqu’il en soit, il faut le nourrir ce petit être que l’on a mis au monde. C’est d’ailleurs dans ce but que l’homme a été condamné à « gagner son pain à la sueur de son front ». Et la préposée à l’alimentation, allaitement ou pas, c’est la mère. Et ça dure souvent toute la vie.

« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » « dimanche on va déjeuner chez ta mère ? Ah non c’est au tour de la tienne ». 
Chez la mère c’est pour manger. Ça lui fait tellement plaisir de nous voir, du moins c’est ce qu’ils pensent. Qu’elle soit bonne ou piètre cuisinière, elle ne peut qu’aimer ça, et fait de son mieux. La fille, ou la belle fille, se mesure à son tour et l’on compare recettes et tours de main. 

Les caddies remplis à ras bord, au moment des fêtes, la peur du manque, c’est  l’apanage de la mère. Le plein du frigo lui incombe. Lui incombe la sortie matinale à la supérette du coin, c’est sa sortie. Je la rencontre souvent, elle ou une autre, ployant sous le poids du cabas, des packs d’eau, un ou deux bambins à surveiller, parfois aidée d’une poussette à filet ou d’un chariot à roulettes. La même au marché du vendredi, à bousculer, surveiller son tour, négocier les affaires, car bien sûr elle doit nourrir abondamment au prix le plus avantageux, les enfants sont insatiables, le mari exigeant. C’est à elle, la mère, de gérer le « panier de la ménagère », c’est elle la « maîtresse de maison ». Et elle y prend goût à son rôle, le cède difficilement, chasse l’intrus de sa cuisine, celui qui va se tromper, déranger, gaspiller, cuire trop ou pas assez, épicer de travers. Une de mes amies redoutait la prochaine retraite de son mari : « je vais l’avoir dans les pattes, dans ma cuisine, il va vouloir m’aider… ». 

***

Mes débuts de mère nourricière sont désastreux.
 Mes débuts en cuisine sont tardifs, la cuisine de ma mère, efficace mais sans prestige, n’a éveillé en moi aucune passion. Puis la pension dont les plats en sauce et les féculents m’ont agrémentée de kilos superflus, puis le restaurant universitaire…
Je sais me servir de camping gaz et d’un réchaud électrique, ouvrir des boites de conserve et préparer un steak ou une omelette…Bref mon mari cuisine mieux que moi quand nous nous rencontrons. 
Jalouse de mon nouveau rôle j’acquiers « La cuisine pour tous »de  Ginette Mathiot, en livre de poche. Un maximum de recettes, un minimum d’encombrement. Avec l’ardeur du néophyte, à moi bœuf bourguignon, blanquette de veau, poulet basquaise, gratins et quatre quarts, parallèlement aux recettes exotiques. Quelques déboires, comme lorsque un ami de mon mari, musulman, refusa de toucher à mes ailes de poulet cuites au vin blanc. J’ai appris depuis à jongler avec les interdits alimentaires des uns et des autres.


Et comme mère ? L’allaitement maternel est à  la mode en 71. De la maternité Lariboisière au manuel de puériculture de Laurence Pernoud, tout est fait pour le rendre pratiquement obligatoire. Piètre nourricière, après la naissance de mon premier enfant, je sors épuisée de ce corps à corps vorace. Vidée. Fautive et incompétente. 
Un mois à résister pour l’aîné, à obéir aux injonctions du moment. Je maigris  tandis que le petit monstre hurleur  s’arrondit à vue d’œil. Enfin dans un réflexe d’autodéfense je le passe au Guigoz, sans avis de pédiatre mais sur le conseil de mon médecin.
D’autres mères ont eu l’expérience opposée. Contre le lobby du lait en poudre elles savourent le bonheur si naturel d’allaiter. Lobby qui, par ailleurs, a fait des ravages dans les pays en voie de développement. Là-bas  l’allaitement maternel reste le plus sûr. 

Mon petit affamé s’accommode du changement, mais voilà qu’on me reproche de trop le nourrir. il prend trop de poids. Les normes sont strictes à l’époque, les bébés joufflus sont passés de mode, « il va être obèse, et pour toute la vie » me menace la pédiatre de la PMI. Et surtout pas de farine, qui permet parfois de passer une nuit tranquille et de caler le petit estomac. Dès 2 mois, légumes et fruits mixés, et vite poisson, viande, il doit apprendre à manger de tout. C’est la révolution des « petits pots », qui s’agrandissent et se complexifient selon l’âge du bébé. Mais faire avaler des artichauts ou du poisson à un bébé de 2 mois ? carottes et compote, passe encore, c’est sucré. Il faut tricher, mélanger au biberon, chaque étape se mue en sport de combat. Et attention à ne pas laisser brûler dans la casserole les carottes que, pour une fois, j’avais tenu à préparer moi-même.

Pour les autres j’ai abrégé l’expérience. En matière d’alimentation comme d’éducation l’aîné essuie les plâtres, pour les suivants on s’en remet plus facilement au bon sens…et à l’expérience.  Mais non, être mère, ça ne va pas de soi, et il ne suffit pas de mettre un enfant au monde pour savoir s’en occuper.
On l’apprend sur le tas.
 
Famille nombreuse, famille affamée, j’ apprends  à répondre au quotidien. A prévoir en conséquence. Un peu mieux le dimanche. Les stocks de base pour parer au plus pressé, yaourts par packs de 16, lait par paquets de 6 briques, spaghetti bien sûr, steaks hachés frites pourquoi pas, je m’essaie aux pizzas et lasagnes, croque-monsieur pour changer, les enfants adorent, nutella bien sûr mais le vrai, choco BN, légumes aussi plus difficiles à faire accepter, bref la banalité du quotidien, jour après jour, comme une évidence. 
Les copains et copines invités à l’improviste, un de plus un de moins…
Et la famille élargie, plus on est de fous, on agrandit la table, on pousse les murs.


Et puis un jour ils vont manger ailleurs.

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F
ce que tu écris sur la nourriture, c'est très bien vu. La nécessité, les quantités et le plaisir. La difficulté à s'adapter. Je crois aussi que nous sommes de la génération sortie de guerre, et que maintenant c'est le règne du bien manger, des régimes...la nourriture comme marqueur culturel
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D
très intéressant sur l'évolution du rapport à la nourriture. Nous avons fabriqué une génération d'enfants gâtés