Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».
27 Juillet 2019

Responsable de les amener à l’âge adulte.
Responsable toute la vie, mère un jour mère toujours.
Comme leur nourriture, leur santé est mon affaire.
Impossible d’échapper au corps médical dès que j’ai eu un enfant. Avant, pendant, après la naissance.
Vaccins, PMI, tous les bobos de l’enfance ordinaire, la crainte que ce soit grave. Le souci devant une toux qui traîne. L’appétit, trop ou pas assez. La recherche d’un médecin de famille. Le travail qu’on manque parce qu’il est fiévreux ou contagieux.
Mère poule, vite le prendre sous mon aile, même grand, même adulte, dès qu’il ne va pas bien. Anecdote : mon fils aîné, en troisième année de médecine me demande un jour comment arrêter son rhume.
Enfant malade, fatigué, blessé au sport, déprimé, la mère vole au secours, si elle le peut, la mère vole pour réparer tous les maux de la vie, même quand elle n’y peut plus rien, même quand ils sont sensés se débrouiller, même quand elle n’est plus elle-même qu’un petite chose fragile, la voilà redevenue toute puissante.
Et puis désolée un jour par leurs premiers cheveux blancs, eux aussi vieillissent, de cela non plus elle ne peut pas les protéger.
Passons à l’éducation.
« Qu’est-ce que j’ai bien pu rater ?» C’est connu, la mère est responsable de tout. Surtout de ce qui ne va pas : les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. Mais le moindre pas de travers, le moindre échec… . On a longtemps imputé l’autisme infantile à un défaut d’amour maternel. La mère ne sait pas doser la quantité, ni la qualité de l’amour inconditionnel qu’elle est tenue d’éprouver pour sa progéniture. Pas d’apprentissage. Et l’enfant le lui fait bien payer. Qui réclame qu’on l’aime mais qu’on ne l’étouffe pas. Qui tourne mal par défaut d’attention. Ou pour échapper à trop d’attention.
En ai-je trop fait ? Ou pas assez ? Trop donné ou trop retenu ? Trop interdit ou trop permis ?
Il y a celui qui réussit, celui qui se rebelle, celui qui va voir ailleurs. Et je reste avec mes questions, dix ans, 20 ans après, au moindre problème, qu’aurais-je pu faire mieux ?
Ils sont majeurs depuis longtemps, j’ai appris à vivre loin d’eux. Et pourtant…
*
L’été arrive. Vais- je les voir ? Quand et pour combien de temps ?
Accrochée au téléphone, dans l’attente, ne pas manquer le rendez-vous, organiser les rencontres, m’adapter aux dates qu’ils choisissent, attendre leur bon plaisir, c’est normal, ils ont leur vie, je suis à disposition…et s’ils m’abandonnaient comme une denrée périmée ?
Les vacances arrivent, que seront -elles cette année ?
*
J’ai eu des amies célibataires. Et sans enfant. Elles n’attendent rien, elles s’organisent. Font des voyages. Partent en groupes. Rejoignent des réseaux d’amitié. « Les enfants ce n’est que des problèmes » me lâcha l’une d’elles, excédée par mes lamentations maternelles. Et une autre : « on ne peut rien prévoir avec les mères de famille. Toujours un souci de dernière minute avec les enfants. Et ne parlons pas des grands -mères. Les week-ends, les congés scolaires, un enfant malade, n’importe quoi peut arriver. »
Oui, vive la liberté…oui mais la solitude des vieux jours, sans table familiale, sans personne à qui raconter son bon vieux temps, l’idée de partir en laissant derrière soi un grand vide…