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Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

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Fête des mères 12

Mère à tout faire 

 

Responsable de les amener à l’âge adulte. 
Responsable toute la vie, mère un jour mère toujours.
Comme leur nourriture, leur santé est mon affaire.
Impossible d’échapper au corps médical dès que j’ai eu un enfant. Avant, pendant, après la naissance. 
Vaccins, PMI, tous les bobos de l’enfance ordinaire, la crainte que ce soit grave. Le souci devant une toux qui traîne. L’appétit, trop ou pas assez. La recherche d’un médecin de famille. Le travail qu’on manque parce qu’il est fiévreux ou contagieux.
Mère poule, vite le prendre sous mon aile, même grand, même adulte, dès qu’il ne va pas bien. Anecdote : mon fils aîné, en troisième année de médecine me demande un jour comment arrêter son rhume. 
Enfant malade, fatigué, blessé au sport, déprimé, la mère vole au secours, si elle le peut, la mère vole pour réparer tous les maux de la vie, même quand elle n’y peut plus rien, même quand ils sont sensés se débrouiller, même quand elle n’est plus elle-même qu’un petite chose fragile, la voilà redevenue toute puissante. 
Et puis désolée un jour par leurs premiers cheveux blancs, eux aussi vieillissent, de cela non plus elle ne peut pas les protéger.


Passons à l’éducation.

 « Qu’est-ce que j’ai bien pu rater ?» C’est connu, la mère est responsable de tout. Surtout de ce qui ne va pas : les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. Mais le moindre pas de travers, le moindre échec… . On a longtemps imputé l’autisme infantile à un défaut d’amour maternel. La mère ne sait pas doser la quantité, ni la qualité de l’amour inconditionnel qu’elle est tenue d’éprouver pour sa progéniture. Pas d’apprentissage. Et l’enfant le lui fait bien payer. Qui réclame qu’on l’aime mais qu’on ne l’étouffe pas. Qui tourne mal par défaut d’attention. Ou pour échapper à trop d’attention.
En ai-je trop fait ? Ou pas assez ? Trop donné ou trop retenu ? Trop interdit ou trop permis ? 

Il y a celui qui réussit, celui qui se rebelle, celui qui va voir ailleurs. Et je reste avec mes questions, dix ans, 20 ans après, au moindre problème, qu’aurais-je pu faire mieux ? 

Ils sont majeurs depuis longtemps, j’ai appris à vivre loin d’eux. Et pourtant…

*

 

L’été arrive. Vais- je les voir ? Quand et pour combien de temps ? 
Accrochée au téléphone, dans l’attente, ne pas manquer le rendez-vous, organiser les rencontres, m’adapter aux dates qu’ils choisissent, attendre leur bon plaisir, c’est normal, ils ont leur vie, je suis à disposition…et s’ils m’abandonnaient comme une denrée périmée ?


Les vacances arrivent, que seront -elles cette année ? 

*

J’ai eu des amies célibataires. Et sans enfant. Elles n’attendent rien, elles s’organisent. Font des voyages. Partent en groupes. Rejoignent des réseaux d’amitié. « Les enfants ce n’est que des problèmes » me lâcha l’une d’elles, excédée par mes lamentations maternelles. Et une autre : « on ne peut rien prévoir avec les mères de famille. Toujours un souci de dernière minute avec les enfants. Et ne parlons pas des grands -mères. Les week-ends, les congés scolaires, un enfant malade, n’importe quoi peut arriver. »

Oui, vive la liberté…oui mais la solitude des vieux jours, sans table familiale, sans personne à qui raconter son bon vieux temps, l’idée de partir en laissant derrière soi un grand vide…

 

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R
Si on me demandait quel a été le plus beau jour de ma vie, je dirais sans la moindre hésitation que j’en ai deux : les jours où mes enfants sont nés, l’un en mai 69, l’autre en janvier 73. Ce sont les seuls jours de ma vie où j’ai ri et pleuré de bonheur, tout comme mon mari, leur père, tellement grande était notre joie de voir ces deux tout petits individus. <br /> <br /> Très vite est venue la décision de reconnaître notre individualité à tous, en toute égalité et connaissance de cause, par le refus des étiquettes et des rôles. Pas de « maman » ou « papa » donc entre nous, on a continué à s’appeler par nos prénoms comme avant, à nous désigner par nos prénoms, et les prénoms se sont imposés d’eux-mêmes, tout naturellement, tout simplement. Je n’ai donc jamais été « mummy » ou « mum » mais plus tard, à l’adolescence, notre fille m’a parfois donné un « mother! » réprobateur qui m’a fait sourire.<br /> Quant à notre petit-fils, il a également opté pour nos prénoms.<br /> <br /> Et la fête des mères dans tout ça ? Je me souviens d’un vase en cristal offert à ma mère avec mon premier argent, mais les souvenirs sont flous. L’ancienne élève de l’Ecole Normale de Valence ne se définissait pas par deux maternités survenues plutôt tard dans sa vie, et elle n’était pas en faveur de politiques natalistes.<br /> Quant à moi, j’ai expliqué à nos enfants que le bonheur d’être mère ou père n’était pas une source de célébration ou réjouissance une fois par an, mais était vécu par nous quotidiennement. Pas besoin de carte ou de fleurs.<br /> <br /> Je reste convaincue que les enfants ne doivent rien à leurs parents, dans les milieux aisés du moins, lorsque la décision d’avoir un enfant est délibérée, voulue. C’est en fin de compte un privilège.<br /> Je ne sais que trop bien que les rapports parents - enfants ne sont jamais simples, le besoin d’autonomie et d’indépendance étant indispensable à l’individu. Il suffit de se rappeler à quel point nous avons nous-mêmes rué dans les brancards familiaux, et dressé l’étendard de la liberté...<br /> <br /> Pour moi, pour nous, le rôle des parents est de soutenir, d’encourager, de faciliter.<br /> Tant pis si parfois on aimerait pouvoir mieux communiquer ou partager. Nos enfants ne sont pas nos amis, à moins qu’ils ne choisissent eux-mêmes de l’être.<br /> <br /> <br /> La maternité je connais donc. J’aurais volontiers eu un troisième enfant si les années 70 n’avaient vu naître et croître une inquiétude profonde quant à l’avenir de notre planète : pluies acides, guerre du pétrole, ressources limitées, bombe atomique... On ne parlait pas vraiment de réchauffement climatique, mais beaucoup d’écologie, surtout Outre Manche. Nuclear power, no thank you!<br /> C’est une peur que, sans y réfléchir, sans le vouloir, nous avons communiquée à nos enfants. Notre « footprint », notre empreinte sur la planète sera limitée, nous ne pouvons que nous en réjouir à l’heure présente, ce qui ne signifie pas que nous sommes en mesure de juger les choix des autres.
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