Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».
17 Juin 2019

Il faut bien que se passent les longs après midi de vacances.
Jouer à la maîtresse !
Parce que c’est le métier qu’elles connaissent, avec celui de couturière ou de maman, pour les femmes. Ou alors bonne du curé, ou bonne sœur….
Chaque métier a son charme mais le prestige de l’institutrice est sans égal. C’est elle qui sait, elle qui juge, elle qui classe. Elle qui de son crayon rouge vous envoie au sommet ou vous relègue dans les bas-fonds. Elle qui, peut-être plus encore que Monsieur le curé, vous envoie au paradis ou en enfer.
Les deux sœurs jouent donc à la maîtresse. Leurs modestes poupées sont leurs premiers élèves, leurs premières victimes. Pour compléter les rangs, elles ont vite fait d’aligner des listes de prénoms piochés au hasard des modes et de l’almanach des PTT.
La liste établie, chacune la sienne, il ne s’agit pas tant de faire la classe que de classer. Sur un bout de papier, un tableau de 10 cases, numérotées. A l’aveugle, les yeux fermés ou levés au ciel, elles pointent le crayon sur une des notes, qu’elles attribuent à poupées et élèves fantômes , en toute impartialité, en suivant scrupuleusement l’ordre de la liste.
Une note dans chaque matière, pour chacune et chacun.
Puis, comme à l’école – la vraie – , pour chaque élève le total des notes qui, divisé par le nombre de matières, donne une moyenne précise et indiscutable. Le classement est alors un jeu d’enfant.