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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Mère nourricière.

 

 Elle n’en a pas fini la mère en donnant le jour. Elle devient réserve de nourriture, la nature a tout prévu. Le nourrisson à peine né cherche le sein . Même arrivé au monde dans le pire dénuement il s’accroche au sein nourricier, on le voit sur les images de famine, sur les routes de déportation et d’exil, jusqu’à ce que le sein lui-même se tarisse. 
La fonction peut être déléguée, nourrice, biberon, mais elle reste la base. Le corps, qui s’est adapté à la gestation, s’adapte à l’allaitement, les hormones entrent en ébullition. 
Être à disposition du petit tyran qui hurle sa faim, ça peut durer quelques jours, quelques semaines, quelques mois, ou plus, ça dépend des cultures, des choix, des conditions de vie, de l’état de santé, des modes et des injonctions du moment. Un bonheur ou un esclavage. 
Quoiqu’il en soit, il faut le nourrir ce petit être que l’on a mis au monde. C’est d’ailleurs dans ce but que l’homme a été condamné à « gagner son pain à la sueur de son front ». Et la préposée à l’alimentation, allaitement ou pas, c’est la mère. Et ça dure souvent toute la vie.

« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » « dimanche on va déjeuner chez ta mère ? Ah non c’est au tour de la tienne ». 
Chez la mère c’est pour manger. Ça lui fait tellement plaisir de nous voir, du moins c’est ce qu’ils pensent. Qu’elle soit bonne ou piètre cuisinière, elle ne peut qu’aimer ça, et fait de son mieux. La fille, ou la belle fille, se mesure à son tour et l’on compare recettes et tours de main. 

Les caddies remplis à ras bord, au moment des fêtes, la peur du manque, c’est  l’apanage de la mère. Le plein du frigo lui incombe. Lui incombe la sortie matinale à la supérette du coin, c’est sa sortie. Je la rencontre souvent, elle ou une autre, ployant sous le poids du cabas, des packs d’eau, un ou deux bambins à surveiller, parfois aidée d’une poussette à filet ou d’un chariot à roulettes. La même au marché du vendredi, à bousculer, surveiller son tour, négocier les affaires, car bien sûr elle doit nourrir abondamment au prix le plus avantageux, les enfants sont insatiables, le mari exigeant. C’est à elle, la mère, de gérer le « panier de la ménagère », c’est elle la « maîtresse de maison ». Et elle y prend goût à son rôle, le cède difficilement, chasse l’intrus de sa cuisine, celui qui va se tromper, déranger, gaspiller, cuire trop ou pas assez, épicer de travers. Une de mes amies redoutait la prochaine retraite de son mari : « je vais l’avoir dans les pattes, dans ma cuisine, il va vouloir m’aider… ». 

***

Mes débuts de mère nourricière sont désastreux.
 Mes débuts en cuisine sont tardifs, la cuisine de ma mère, efficace mais sans prestige, n’a éveillé en moi aucune passion. Puis la pension dont les plats en sauce et les féculents m’ont agrémentée de kilos superflus, puis le restaurant universitaire…
Je sais me servir de camping gaz et d’un réchaud électrique, ouvrir des boites de conserve et préparer un steak ou une omelette…Bref mon mari cuisine mieux que moi quand nous nous rencontrons. 
Jalouse de mon nouveau rôle j’acquiers « La cuisine pour tous »de  Ginette Mathiot, en livre de poche. Un maximum de recettes, un minimum d’encombrement. Avec l’ardeur du néophyte, à moi bœuf bourguignon, blanquette de veau, poulet basquaise, gratins et quatre quarts, parallèlement aux recettes exotiques. Quelques déboires, comme lorsque un ami de mon mari, musulman, refusa de toucher à mes ailes de poulet cuites au vin blanc. J’ai appris depuis à jongler avec les interdits alimentaires des uns et des autres.


Et comme mère ? L’allaitement maternel est à  la mode en 71. De la maternité Lariboisière au manuel de puériculture de Laurence Pernoud, tout est fait pour le rendre pratiquement obligatoire. Piètre nourricière, après la naissance de mon premier enfant, je sors épuisée de ce corps à corps vorace. Vidée. Fautive et incompétente. 
Un mois à résister pour l’aîné, à obéir aux injonctions du moment. Je maigris  tandis que le petit monstre hurleur  s’arrondit à vue d’œil. Enfin dans un réflexe d’autodéfense je le passe au Guigoz, sans avis de pédiatre mais sur le conseil de mon médecin.
D’autres mères ont eu l’expérience opposée. Contre le lobby du lait en poudre elles savourent le bonheur si naturel d’allaiter. Lobby qui, par ailleurs, a fait des ravages dans les pays en voie de développement. Là-bas  l’allaitement maternel reste le plus sûr. 

Mon petit affamé s’accommode du changement, mais voilà qu’on me reproche de trop le nourrir. il prend trop de poids. Les normes sont strictes à l’époque, les bébés joufflus sont passés de mode, « il va être obèse, et pour toute la vie » me menace la pédiatre de la PMI. Et surtout pas de farine, qui permet parfois de passer une nuit tranquille et de caler le petit estomac. Dès 2 mois, légumes et fruits mixés, et vite poisson, viande, il doit apprendre à manger de tout. C’est la révolution des « petits pots », qui s’agrandissent et se complexifient selon l’âge du bébé. Mais faire avaler des artichauts ou du poisson à un bébé de 2 mois ? carottes et compote, passe encore, c’est sucré. Il faut tricher, mélanger au biberon, chaque étape se mue en sport de combat. Et attention à ne pas laisser brûler dans la casserole les carottes que, pour une fois, j’avais tenu à préparer moi-même.

Pour les autres j’ai abrégé l’expérience. En matière d’alimentation comme d’éducation l’aîné essuie les plâtres, pour les suivants on s’en remet plus facilement au bon sens…et à l’expérience.  Mais non, être mère, ça ne va pas de soi, et il ne suffit pas de mettre un enfant au monde pour savoir s’en occuper.
On l’apprend sur le tas.
 
Famille nombreuse, famille affamée, j’ apprends  à répondre au quotidien. A prévoir en conséquence. Un peu mieux le dimanche. Les stocks de base pour parer au plus pressé, yaourts par packs de 16, lait par paquets de 6 briques, spaghetti bien sûr, steaks hachés frites pourquoi pas, je m’essaie aux pizzas et lasagnes, croque-monsieur pour changer, les enfants adorent, nutella bien sûr mais le vrai, choco BN, légumes aussi plus difficiles à faire accepter, bref la banalité du quotidien, jour après jour, comme une évidence. 
Les copains et copines invités à l’improviste, un de plus un de moins…
Et la famille élargie, plus on est de fous, on agrandit la table, on pousse les murs.


Et puis un jour ils vont manger ailleurs.

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Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Quand ils partent.

 

Les stocks continuent, par habitude. Et puis on réalise, le nid se vide peu à peu. Le volume du caddie diminue. Les restes encombrent le frigo, on a fait trop, on se retrouve les bras ballants : je sers à quoi maintenant ? 
Je devrais m’échapper, enfin libre, et bien non. 
Il m’en faudra du temps pour m’habituer.

*

 Plus envie de manger, la nausée. Comme un coup de poignard dans l’estomac. Ils n’en veulent plus de ma nourriture. Ils n’en veulent plus de leur mère. 

Le pot de nutella me reste sur les bras, et les paquets de céréales et les packs de yaourts par 16 et les litres de lait par six et les chocos BN et Prince, tout ce qu’ils aimaient tombe en désuétude. 

Ils ont grandi ils sont partis, je rétrécis les casseroles, les poëles à frire,  je réchauffe des restes vite fait, je mange en hâte sur le coin de la table. Vite passons à autre chose.

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Publié le par danne
Publié dans : #Fête des mères

Quand ils reviennent 

 

Car ils reviennent, mère un jour mère toujours.

Elle est la première à quitter la maison. 
A 18 ans, plus besoin des ordres des parents. Des conseils des parents. De la cuisine de sa mère. 
Elle part une fois, abandonnant lycée et logis.
Et puis elle revient, puis repart, puis revient manger chez sa mère. 
La mère l’attend, des heures à l’arrêt du car international. Mais d’abord elle a préparé son plat préféré, retour de l’enfant prodigue.
Pas de chance, sa diététique change, à chaque retour. Retour haricots verts, il faut perdre du poids, pour corriger les barres chocolatées qui ont nourri son premier exil.
Puis retour végétarien, pour suivre son amour du moment. Recettes des Caraïbes, c’est là-bas qu’elle tente de nouvelles expériences. Recettes asiatiques, comme son nouvel amour. Tofu, poissons, œufs, la viande est bannie. 
Les choses se compliquent, ses frères et son père sont plutôt carnivores. Mais tout le monde s’adapte, le temps d’une curiosité, aux nouveaux plats qu’elle nous mijote. Plus difficile dans les repas de famille élargie…
Mais pas de panique, au prochain amour, au prochain voyage, c’est de cuisine africaine qu’elle s’entiche. Au grand plaisir de tout le monde, mais pas trop n’en faut.

 

Quand ils reviennent, il faut repartir à zéro. Je m’étais bien habituée au petit format, courses réduites, repas vite prêts vite faits, pour passer vite à autre chose.

Ils reviennent, tous ensemble, ou séparément. Seuls, puis accompagnés de conjoints, puis d’enfants. On va manger chez maman, c’est la joie des retrouvailles. Et maman qui s’agite : quoi leur faire à manger ? 


A nouveau l’agitation, les courses en grand. 
En faire assez, j’ai oublié les proportions, mieux vaut prévoir large.
Prévoir les goûts, et surtout les aversions. 
Me rappeler, mais ils ont changé. Et le mari, et la femme, et les enfants…
Je fais ma liste peu à peu 
de ce qu’il vaut mieux éviter,
de ce qui a une chance de plaire à tout le monde.

Trouver une recette nouvelle, heureusement marmiton est là. 
M’ y mettre très tôt le matin, parfois la veille, par peur de ne plus y arriver, j’ai vieilli , j’ai perdu la routine, la force des mains me lâche peu à peu. 
Manger ensemble, un plaisir, mais pour y arriver, quel tourment. 
Mais surtout ne pas renoncer .
Mère nourricière, puis grand-mère nourricière les choses s’enchaînent. 

Je me prends à rêver d’être nourrie à mon tour.

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Publié dans : #Fête des mères

Mère à tout faire 

 

Responsable de les amener à l’âge adulte. 
Responsable toute la vie, mère un jour mère toujours.
Comme leur nourriture, leur santé est mon affaire.
Impossible d’échapper au corps médical dès que j’ai eu un enfant. Avant, pendant, après la naissance. 
Vaccins, PMI, tous les bobos de l’enfance ordinaire, la crainte que ce soit grave. Le souci devant une toux qui traîne. L’appétit, trop ou pas assez. La recherche d’un médecin de famille. Le travail qu’on manque parce qu’il est fiévreux ou contagieux.
Mère poule, vite le prendre sous mon aile, même grand, même adulte, dès qu’il ne va pas bien. Anecdote : mon fils aîné, en troisième année de médecine me demande un jour comment arrêter son rhume. 
Enfant malade, fatigué, blessé au sport, déprimé, la mère vole au secours, si elle le peut, la mère vole pour réparer tous les maux de la vie, même quand elle n’y peut plus rien, même quand ils sont sensés se débrouiller, même quand elle n’est plus elle-même qu’un petite chose fragile, la voilà redevenue toute puissante. 
Et puis désolée un jour par leurs premiers cheveux blancs, eux aussi vieillissent, de cela non plus elle ne peut pas les protéger.


Passons à l’éducation.

 « Qu’est-ce que j’ai bien pu rater ?» C’est connu, la mère est responsable de tout. Surtout de ce qui ne va pas : les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. Mais le moindre pas de travers, le moindre échec… . On a longtemps imputé l’autisme infantile à un défaut d’amour maternel. La mère ne sait pas doser la quantité, ni la qualité de l’amour inconditionnel qu’elle est tenue d’éprouver pour sa progéniture. Pas d’apprentissage. Et l’enfant le lui fait bien payer. Qui réclame qu’on l’aime mais qu’on ne l’étouffe pas. Qui tourne mal par défaut d’attention. Ou pour échapper à trop d’attention.
En ai-je trop fait ? Ou pas assez ? Trop donné ou trop retenu ? Trop interdit ou trop permis ? 

Il y a celui qui réussit, celui qui se rebelle, celui qui va voir ailleurs. Et je reste avec mes questions, dix ans, 20 ans après, au moindre problème, qu’aurais-je pu faire mieux ? 

Ils sont majeurs depuis longtemps, j’ai appris à vivre loin d’eux. Et pourtant…

*

 

L’été arrive. Vais- je les voir ? Quand et pour combien de temps ? 
Accrochée au téléphone, dans l’attente, ne pas manquer le rendez-vous, organiser les rencontres, m’adapter aux dates qu’ils choisissent, attendre leur bon plaisir, c’est normal, ils ont leur vie, je suis à disposition…et s’ils m’abandonnaient comme une denrée périmée ?


Les vacances arrivent, que seront -elles cette année ? 

*

J’ai eu des amies célibataires. Et sans enfant. Elles n’attendent rien, elles s’organisent. Font des voyages. Partent en groupes. Rejoignent des réseaux d’amitié. « Les enfants ce n’est que des problèmes » me lâcha l’une d’elles, excédée par mes lamentations maternelles. Et une autre : « on ne peut rien prévoir avec les mères de famille. Toujours un souci de dernière minute avec les enfants. Et ne parlons pas des grands -mères. Les week-ends, les congés scolaires, un enfant malade, n’importe quoi peut arriver. »

Oui, vive la liberté…oui mais la solitude des vieux jours, sans table familiale, sans personne à qui raconter son bon vieux temps, l’idée de partir en laissant derrière soi un grand vide…

 

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