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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Un jour comme un autre.

 

Je me réveille trop tôt le matin. Dans la rue déserte, le fracas du camion poubelle. La vie repart .
Un rêve s’accroche encore à moi, mais déjà je l’ai oublié, happée par l’ irréelle réalité des jours de peur.


Combien de morts déjà la veille ? Me revient le brouhaha des analyses. Des supputations, des accusations. Masques ou pas masques. La valse des experts. Qui croire ? Comment savoir de quoi sera fait demain ?
Je voudrais bien m’en extraire, mais, comme une addiction, ce besoin de chercher la dernière nouvelle, la dernière rumeur, la dernière polémique, la dernière colère.

Et puis ce jour qui vient et déjà me fatigue, jusqu’à quand ? Ses petits soucis, ses petits bonheurs, juste pour continuer. 

 

Les éboueurs sont passés, je leur dis merci, la ville sera propre, vue de ma fenêtre.

Je vérifie la carcasse, je tiens encore. Ma gorge ne gratte plus. La raideur dans les épaules ? Comme tous les matins. Bouger un peu, redémarrer la machine.

Ébauche de programme. 
D’abord une bonne douche, je me force un peu. Et un peu de ménage. 
Chasser la nuit, chasser la peur. Repousser l’enlisement, ne pas se laisser aller. 
Vérifier l’état des méninges. Sur la tablette, je révise mon dernier cours d’espagnol, je rajoute un mot à un Scrabble interminable. 
Méditer 10 mn pour calmer le tourbillon de l’esprit.
Et bouger, c’est essentiel pour ne pas sombrer. Aujourd’hui une séance de gym est prévue, dans le couloir. Merci Harmonie, et tant pis pour les courbatures. Les jours suivants  j’irai bouger un peu sur le balcon en m’éveillant à la vie de ma petite rue.


 
Jour après jour tenter de résister au malheur ambiant, et puis m’y replonger, informations , débats, comment y échapper ? J’y cherche des lueurs d’espoir ou de nouveaux motifs d’indignation. 

Mais ne pas m’y laisser noyer. 

Et capter avec gratitude chaque petit bonheur. 
Un repas pris encore avec appétit, les livraisons ont repris, merci au livreur cycliste qui sans retard m’a permis de remplir le frigo.
Cadeau, la résidence nous a offert un délicieux nectar d’abricot. 
Le petit déjeuner du dimanche et le déjeuner, que je m’offre comme une fête.
Blouse blanche masque et charlotte, on prend soin de moi, on prend chaque jour ma température frontale.
Mon courrier m’est apporté tous les 2 jours.
 L’occasion d’une conversation, un rayon de soleil. 

Le goûter apporté joyeusement, à chaque fois la surprise, je m’en réjouis comme un enfant.

Et puis, en prime, un coup de téléphone de ceux que je ne peux plus voir mais que je sais là, nous nous racontons, nous nous rassurons, et un sourire me reste quand je raccroche.

 

Et l’apothéose, à 20h, rendez-vous avec le dehors. En face les familles aux balcons applaudissent. Je les rejoins, ils m’ont vue et me font signe , les enfants et les papas et les mamans. 
Pendant 2 mn nos routines se rejoignent.
Merci, merci les soignants
Merci les voisins d’en face de m’accueillir dans ce moment. 
Et je rentre le sourire aux lèvres et du soleil au cœur. 
La nuit passera mieux.

 

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