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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Confinée
Un matin.

 

 

 

La journée commence aux blanches lueurs de l’aube. 
Le sommeil ne veut plus de moi. La nuit s’écourte en plein rêve, que j’oublie aussitôt. 

Comme un tocsin, l’alarme interne sonne du fond de l’obscurité. La mort se rappelle à moi, me rappelle les chiffres égrenés la veille. 

Mais déjà la vie s’éveille de l’autre côté des volets clos.  Le fracas du ramassage des poubelles, l’obstination de la vie qui continue. 

Sous ma couette je les devine et  rends hommage à ceux qui se lèvent pour assurer à leurs risques la prolongation du vivant, malgré tout. Par respect pour eux, qui livrent notre nourriture, évacuent nos déchets, s’enquièrent de notre santé, je veux faire attention. Mettre toutes les chances du côté de la vie. 

Après le gris des petits matins, quand s’effilochent les restes d’un mauvais rêve, la page blanche de mes jours peine à se quadriller en routines rassurantes. 
Le sommeil cotonneux ne demande qu’à m’enliser quand alentour rôde le danger, quand  la mort rôde et étend ses ailes sinistres. 
Pourtant, calfeutrée dans ma bulle, je m’accroche à cette  vie dont je croyais être lasse. 
Et le blanc de mes jours s’illumine peu à peu des petits riens qui font la vie.

 


La journée commence comme une page blanche, pourtant déjà tachée des douleurs de la nuit. Je veux savoir, et tout de suite ouvrir les décomptes dans l’attente du plus léger espoir. Faire le tour des nouvelles. Des fausses nouvelles aussi . Des polémiques, des colères et des sagesses. J’ai besoin d’y plonger, m’y angoisser, ne plus savoir qu’en penser. Et puis de lâcher tout. Et puis d’y revenir. Les lâchetés, les égoïsmes, les héroïsmes, les protestations, les résignations, les scandales, et les mille petits miracles du quotidien. 

La rumeur du monde contaminé au petit matin blanc. Non ce n’est pas un mauvais rêve, ce mois d’avril 2020 où la planète entière retient son souffle.

Et puis la page blanche de la journée qui s’annonce. 

 

Vivre encore puisque le cadeau m’en est fait. Je suis encore là pendant qu’on compte les morts et les « intubés »de la nuit. Provisoirement rescapée je fais ce qu’il faut, ce qu’on m’a dit de faire. J’ai de la chance, je suis protégée. Les masques blancs de mes anges gardiens verrouillent mon entrée.
La page blanche qui m’est offerte encore exige de moi. Comme un écolier appliqué je m’efforce d’en tracer les lignes et quadrillages, pour faire de mon confinement un exercice de vie. 

Vaille que vaille réveiller la carcasse fatiguée. L’obliger à tenir encore. Me lever me laver m’habiller déjeuner, me fixer quelques règles que plus rien ne me fixe, des horaires pour  ne pas m’enliser. Veiller au corps qui ne demande qu’à se laisser glisser, grappiller dans mes souvenirs quelques exercices de gymnastique, ouvrir les fenêtres et saluer le printemps qui vient narguer les rues désertes . 


Me revient le conseil des vieux stoïciens, distinguer ce qui dépend de moi et ce qui ne dépend pas de moi. Dans cette nouvelle prison,  confortable je l’avoue, il me reste le choix d’en faire le meilleur usage possible.

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