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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Confinée

A ma fenêtre.

24 mars.
Confinée j8 .

De l’autre côté de ma rue, 1er étage, confiné 1b. 
Une petite fille aux cheveux noirs danse sur son balcon. Se regarde dans la vitre de la porte fenêtre. Depuis une semaine, elle danse, ou joue à la marelle ?

Peut-être un peu moins souvent maintenant, elle se lasse, ou c’est moi qui me lasse de la regarder danser. 
Mais il ne faut pas. La petite fille aux longs cheveux noirs sera une grande danseuse, je l’ai décidé …

Second étage, confiné 2b, juste en face de moi, juste au dessus de la petite fille aux cheveux noirs. Une femme aux cheveux en queue de cheval secoue avec vigueur tapis et plaids par-dessus le balcon. Puis se repose, songeuse. Cigarette. Monsieur parfois la rejoint, torse nu les premiers jours, mais la température a fraîchi. 

Confiné 3b, juste au-dessus, tenue de bronzage aussi. 
Madame en débardeur aspire frénétiquement sa cigarette électronique, le portable dans l’autre main.
Puis c’est Monsieur.
Tour à tour, ou ensemble. 
Vapotage et portable. 
J’entrevois un enfant en bas âge, masqué par le tablier du balcon. 

Sur le rebord du 1b, parfois, un gros chat blanc posé en équilibre, immobile. 

En vis-à-vis, la petite famille du 1a. Papa sur le balcon, ordinateur et deux enfants. 
Télétravail ou maître d’école ?
 Plus tard c’est maman avec les enfants. Ils semblent bien organisés. 
Petite famille réunie sur le balcon pour le repas, comme en vacances, les jours de grand beau temps. Je les devine, le soir, à travers la porte fenêtre, quand ils ont allumé le salon, avant la fermeture des volets.

Au 2a, personne, les volets restent clos. Confinés ailleurs ? Reviendront-ils ? Et quand ?

A demain.


*

26 mars. 
Confinée J10

Mur blanc de l’immeuble d’en face, mon nouvel horizon. Et la vie se poursuit aux brèches des balcons.

Le gros chat blanc se pose, en vigie, sur le rebord du balcon 1b. Se pose à peine, et puis déserte.
Il n’a plus grand-chose à surveiller dans la petite rue.
Juste un passant hâtif, cabas bien en vue, ou chariot de courses, en route vers l’Intermarché. 
Peut-être un promeneur à la sauvette. 

 L’air a beaucoup fraîchi.
Le gros chat s’ennuie, abandonne son poste de garde. 
Le gros chat blanc s’est confiné.

La petite fille aux cheveux noirs jette un œil par-dessus la rambarde du balcon.
Elle est lasse la petite fille du 1b, de se regarder danser dans la porte fenêtre. La joie l’a quittée, le soleil s’est refroidi, il souffle aujourd’hui un petit vent acide
Je le devine derrière mes fenêtres fermées, car s’agitent les rideaux aux fenêtres d’en face restées ouvertes, s’agite le linge mis à sécher sur les terrasses, et les branches couvertes de fleurs roses de l’arbuste, au coin de la rue…
Au 3 b plus de débardeur, la fumeuse électronique s’est emmitouflée. Plus de torses nus triomphants.
Les enfants de tous les étages sont rentrés, je les devine faire sagement leurs devoirs.
La jolie petite famille du 1a ne mange plus sur la terrasse. 
Un rideau s’envole d’une fenêtre ouverte. 
Les fumeurs du 3b dispersent dans le vent la fumée de leur cigarette électronique.
La petite fille aux cheveux noirs a encore esquissé quelques sauts devant la fenêtre, s’est lissé les cheveux.
Et puis est rentrée.

 C’est l’heure du goûter.  Les balcons d’en face se referment sur leurs petits secrets et me laissent, penaude, en face de leur grand mur blanc…

20h. Une rumeur me parvient à travers ma fenêtre laissée entrouverte.
Ils sont sur leur balcon les voisins d’en face. 
Ont-ils vu ma fenêtre ouverte ? 

Dans un élan d’émotion, avec mes nouveaux amis, j’applaudis les soignants.
Puis se referment fenêtres et volets.
Ma nuit garde, comme un secret, un petit rayon de soleil.


*

24 avril.
Confinée J39.

Sur les arbustes, au coin de la rue, le vert des feuillages a remplacé l’explosion blanche et rose de mars. 
Le printemps, insolent et triomphal, nargue les rues désertes.
Désertes ? Jamais tout à fait. La vie s’y faufile, furtivement. De ma loggia j’en surveille les frémissements. 

Les balcons d’en face me sont désormais familiers. Les petites filles du 1b m’envoient des signes de la main.  
Tous les soirs à 20h les balcons d’en face se mettent en fête. 
Du rez-de-chaussée aux terrasses du haut, les familles s’animent. Les enfants applaudissent.
Ils m’ont vue. Nous nous reconnaissons.
Mes soirées en sont illuminées.

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