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Le blog de danne

Le blog de danne

Récits de vie, mémoire et fiction, assortis de quelques réflexions. Dans l’attente de vos remarques, et, pourquoi pas, de vos propres récits. Rendez-vous à la rubrique « commentaires ».

Publié le par danne
Publié dans : #Promenades

Le sonneur de cloches.


 
« Oui, un accident…c’est allé si vite… »
Quelques sourires en coin, vite réprimés. « En même temps, on pouvait un peu s’attendre à quelque chose comme ça … N’empêche, c’est bien triste… »
Hébété le village en deuil approche des marches de l’église. 
Le glas s’égrène tristement. « Lui qui le sonnait si bien, qu’on en pleurait. Qui le sonne pour lui ? »
Car il est mort, Gratien, le sonneur de cloches. 
Il est tombé de son clocher.
*

« Bonjour, le Ti, je crois que c’est l’heure. Pouah, ce qu’il est mauvais le café de la mère ce matin. J’ai la tête qui tourne…peut-être un peu trop bu hier en jouant aux cartes. Mais on a bien rigolé. Bon, j’y vais, reste tranquille, va pas crier comme un fou à ameuter tout le village, pour que les gens se moquent encore de nous. Moi je vais les réveiller avec mes cloches. Tu restes là, la mère va t’apporter ta soupe. Mais qu’est-ce qu’elle fait encore ? »
7 heures du matin. Les vieilles filles commencent à marmonner derrière leurs rideaux. La mère Psst, comme il l’appelle, prépare sa chicorée. « Tiens, l’angélus a pas encore sonné. Il s’est pas réveillé le Gratien ? Ah si, le voilà, mais on dirait qu’il tient pas bien debout. Quel dommage, c’était pourtant une bien belle famille ... »
 Enfin les premières notes. D’abord timides, elles aussi mal réveillées, elles s’enhardissent en grimpant dans l’octave, véritable salutation au jour qui vient. En écho, le jappement plaintif du vieux chien répond, ou proteste, ou accompagne son maître, comment savoir ce qui se passe entre ces deux -là ?
3 angélus par jour, matin, midi et soir. Plusieurs appels à la messe du dimanche, une heure avant, puis une demi-heure, un quart d’heure, et les 3 coups, sans compter les vêpres l’après-midi. Des envolées plus solennelles les jours de fêtes, parfois même la veille. Les événements paroissiaux sont annoncés selon la tonalité adéquate, les baptêmes et mariages avec toute la joie nécessaire. Ses glas, qui annoncent les décès et se répètent jusqu’aux funérailles, arrachent des larmes.
On le voit donc souvent passer, entre le clocher et sa maison au bas du village.  
Gratien, le sonneur de cloches, rythme la vie de la paroisse. Son travail est apprécié, jamais il n’est pris en défaut.
*
Le temps de redescendre chez lui au bas du village, de saluer distraitement le vieux Jules déjà dans son jardin, de consoler le Ti, de houspiller sa mère…
« La Poste arrive à quelle heure aujourd’hui ? J’ai le temps de piquer un petit roupillon ? »
 

La Poste, c’est le fourgon postal qui amène le courrier depuis le chef-lieu. Selon le circuit elle arrive plus ou moins tôt au bureau des PTT dont sa mère est la gérante.  La poste est affaire de famille, depuis 1904, après sélection entre 3 candidats. Un gagne-pain qui a permis à la mère, devenue veuve en 23, d’élever ses 3 enfants.
« C’est le grand tour aujourd’hui, marmonne-t-elle en enfonçant une fiche téléphonique. Va donc me ramasser une salade. Tu as bien le temps, tu vas pas retourner dormir maintenant. »
Une petite tape au Ti, qui le suit au jardin où il se rend en bougonnant, sans se presser.
Le sac de courrier enfin arrivé est vidé sur la grande table. Sous l’œil vigilant de la vieille postière les deux facteurs, son fils et son neveu, s’affairent à répartir lettres, journaux, périodiques et parfois mandats entre les deux musettes. Chacun sa tournée, chacun son territoire. Commence la deuxième journée de Gratien, facteur à bicyclette, sacoche en bandoulière, à la Jacques Tati. Mais il ne porte pas la casquette des PTT. Pas besoin, on le connaît. Et bientôt, fatigué, il remplacera le vélo par une grosse moto pas très règlementaire.
« Juste le journal pour vous. Pas de lettre, pas besoin de répondre. Non pas de café, je viens juste de le boire ». Il connaît surtout la réputation du café de sa voisine, la Félicie, qui se croit encore pendant la guerre et laisse bouillir sa chicorée toute la journée sur le coin du poêle. Il pousse son vélo jusqu’au prochain, le Joseph, le « Juif » comme il l’a surnommé à cause de sa supposée radinerie, qui attend sur le pas de la porte. Pas bavard, c’est vite fait avec lui, jamais il n’offre le café. Puis le Jules, tout seul dans sa grande maison, rien pour lui non plus, « pas de lettre de la fiancée, ce sera pour demain », un rire passe tristement entre les deux vieux garçons. Après c’est la Lise, sa sœur, qui est là avec sa grande famille. « Ohé il y a des lettres, une qui doit venir d’Angleterre, je crois que c’est la reine sur le timbre, avec sa couronne. C’est pour les filles. Il fouille sa sacoche. Encore pour les filles, leur journal. Vous êtes contentes aujourd’hui. Rien pour Robic ni pour le Teut, c’est pas le jour des garçons ». Lui aussi est content d’apporter un peu de bonheur, même s’il continue de bougonner. « Bon c’est tout pour vous aujourd’hui …ah non, y’a encore le Pèlerin ».
Et ainsi de suite, le café -tabac, le négociant en noix, le curé et ses revues édifiantes, la mère Lafont qui rappelle son chien et reçoit ses journaux de mode, l’instituteur et la mairie, avec 2 boîtes aux lettres, jusqu’à la dernière maison du village, la belle villa de monsieur Bêe. C’est lui qui a renommé ainsi, à cause de sa voix bêlante, le petit industriel installateur d’abreuvoirs, également 1er soliste de la paroisse. Là c’est sérieux, il faut sonner, madame Bêe est déjà sur son 31, il y a des lettres, des factures, des réclames, ça vient de Romans, de Grenoble, de Lyon, c’est vrai qu’elle est de là-bas. Oh elle est aimable, me fait rentrer au salon. Du café ? Non merci, juste un verre d’eau. 
Un verre de blanc ferait aussi bien l’affaire mais Gratien tient à sa réputation.
Et le plus dur reste à faire. 
La population de la commune est clairsemée, le territoire étendu et souvent accidenté. Les chemins sont rudes, surtout en hiver. Lettres et cartes postales sont le principal moyen de communication. Le facteur amène également, jusqu’aux fermes les plus éloignées, l’argent des mandats, qu’il vaut mieux savoir bien compter, ainsi que les journaux et périodiques auxquels on s’abonne pour avoir un contact avec le monde extérieur. Le Dauphiné, La Croix, le Pèlerin, le mémorial de l’Isère…Les enfants attendent impatiemment Bayard pour les garçons, Bernadette pour les filles, d’autres reçoivent Fripounet. Enfin, pour l’urgence, le facteur apporte les télégrammes sur papier bleu, qui le plus souvent annoncent les mauvaises nouvelles. 
Le facteur, c’est quelqu’un dans un village. Tous les jours, cahin-caha, Gratien s’invite dans les foyers qu’il relie au reste du monde. 
Au bout du chemin, enfin la dernière maison, tout là-haut. « Y a quelqu’un ? »  Le vieux chien répond. Puis la Marie arrive en s’essuyant les mains dans son tablier. « Bonjour Gratien, pas trop chaud ? Le Pèlerin, c’était hier normalement. Ah oui tu as aussi un mandat, tu as groupé. J’appelle le mari, tu prendras bien l’apéro, c’est juste l’heure. » Il fouille dans la sacoche, ses mains tremblent un peu en comptant, les billets, les pièces. « Ça doit être ça, recompte. Des fois je m’y perds un peu. Il faut signer là sur le talon ».
 L’apéro… il a déjà accepté un ou deux verres. Refuser un verre, ça ne se fait pas, surtout s’il fait chaud, s’il est offert de bon cœur, et si le corps est habitué. Et puis c’est la dernière maison…
Il prend son temps Gratien, il n’est pas pressé. 
Quand il monte sonner l’angélus du soir sa démarche est souvent titubante et son regard trouble. Sa parole hésite, les mots bloquent, répétitifs, accompagnés de gestes, que beaucoup s’amusent à imiter. On encourage son vice, on en rit, on en tirera des histoires à se raconter. Des histoires qu’on raconte encore, de courrier jamais distribué, peut-être de mandats, perdus à la suite d’une chute de moto, ou retrouvés dans un débarras lorsqu’il a fallu vider sa maison. 
Boire jusqu’à ne plus tenir debout est une distraction prisée de la vie paysanne, surtout au moment des grands rassemblements autour de la batteuse. On travaille dur, on boit sec. Chacun s’y taille une réputation, et finalement les accidents sont plutôt rares.

*
Si tout va bien, si la tournée n’est pas trop chargée, Gratien va finir sa journée à l’atelier de cordonnier, situé dans une dépendance de la maison. 
Au rez de chaussée, l’étable des deux vaches, la Mignonne et la Pompon, ainsi qu’un poulailler et quelques lapins. Au-dessus, la réserve de foin séché jouxte directement l’atelier. L’ensemble devient un lieu de jeux pour neveux et nièces quand les vacances les réunissent. Quelques marches branlantes, une forte odeur de colle et de cuir neuf mêlée à celle du foin et de l’étable, et ils retrouvent Gratien derrière son établi, avec son grand tablier de cuir. Des ressemelages en attente. Les semelles de cuir ou de caoutchouc sont collées, puis clouées sur les galoches en bois qu’il assemble lui-même, ou sur les souliers du dimanche qu’il fait durer en les protégeant de bouts ferrés. Sa réputation de cordonnier lui survivra par delà la tombe. Des outils inquiétants comme le « tranchet », les marteaux de toutes dimensions, les « formes » en bois glissées dans la chaussure, la limeuse électrique dont jaillissent des étincelles. Le tout chauffé en hiver par un poêle à bois. L’installation électrique est rudimentaire, les personnes raisonnables redoutent l’incendie : adieu chaussures, foin, vaches et poulaillers, Gratien et ses visiteurs… mais rien n’empêche les enfants de terminer leur visite par de joyeuses galipettes dans le tas de foin.
Ainsi va sa vie, le clocher, la tournée, l’atelier. Les tête à tête silencieux ou grognons avec sa mère, au fond de la cuisine, au moment des repas. 
Et les longs échanges avec son chien.


Oui, je me retrouve là avec toi, mon Ti. Les cloches, la tournée, les souliers à réparer, la mère qui est pas commode, les gens qui se moquent de moi, parce que je suis seul, parce que je bois un coup de temps en temps. Le curé et tout ce qui tourne autour de lui, le Vicaire, les Saintes Femmes, Notre Dame de la désolation, monsieur Bêe , monsieur Paul, les « gens bien » qui se croient au-dessus... Voir toujours les mêmes têtes, je suis bien obligé avec mon travail, mais tu le sais bien, mon Ti, c’est pas la vie que je voulais…
Son regard s’égare au-delà des champs, des bois, des collines qu’il connaît trop bien. Il revoit la photo encadrée dans la salle à manger, le commandant Teste, un fameux navire miraculeusement épargné lorsque les Anglais ont bombardé le port de Mers-el-Kébir en 40, pour éviter que la flotte française ne passe à l’Allemagne au moment de l’armistice. 

« J’ai été marin sur ce navire pour mon service militaire, mon Ti. Et je m’y suis retrouvé au début de la guerre. J’en ai vu du pays. Beyrouth, Port Saïd, Djibouti, et même jusqu’à Saïgon, en Indochine. La mère a gardé les cartes que j’envoyais de là-bas, ou avant de partir, de Toulon. Et puis y avait les copains, la fête quand on arrivait dans un port, les femmes qui se cachaient, et les bars où on buvait un peu trop, y’avait des bagarres, et puis il fallait repartir. Oui ça me plaisait bien comme vie. Je crois qu’il y a une photo de moi qui traîne dans un tiroir…j’avais belle allure avec mon uniforme. 
 
Le bateau a finalement été sabordé à Toulon, moi Toulon je connais bien mais cette guerre j’y comprenais pas grand-chose, les Allemands, les Anglais, de quel côté fallait être…je sais juste que j’ai arrêté d’être marin…la mère elle voulait pas que j’en fasse mon métier. Fallait que je reste avec elle, les filles s’étaient mariées…moi aussi j’aurais bien aimé…
Autrefois dans la grande maison vivaient 2 frères mariés à 2 sœurs. Les 2 frères ont fait la guerre de 14, l’un d’eux, le père de Gratien, est mort en 23 des suites de la guerre. Les 10 enfants ont grandi ensemble, et puis les filles se sont mariées… Elles ont des familles nombreuses. Les enfants ça ne manque pas dans la famille. Et Gratien ?
Quand j’en ai eu fini avec la marine je voulais m’établir au pays avec une gentille petite femme.
 Je lui avais déjà envoyé des cartes postales quand j’étais sur mon bateau. 
Comment je l’ai connue je me souviens pas, elle est du village d’à côté. Elle est jolie c’est sûr. On se voit en cachette au début. Elle est timide, moi aussi. Je crois qu’elle m’aime bien. Mais c’est une famille comme il faut, il faut mettre les formes…bon, il faut se décider.
J’ai tellement le trac que j’ai bu un petit coup pour aller demander sa main à son père. 
 « Je donne pas ma fille à un poivrot… tu es bien comme ton père. Et puis qu’est-ce que tu as comme situation ? »  Pas commode le vieux, avec ses 2 fils curés il doit se croire supérieur à tout le monde. Je suis là avec mon béret entre les mains, à bafouiller…pas le temps d’en placer une.
 Bref je me suis ramassé. Je me suis sauvé, j’avais honte pour moi, honte pour mon père mais lui c’était à cause de la guerre, on les forçait à boire pour pouvoir supporter. 
En tous cas pour la Thérèse c’est fini. Je veux même plus y penser…J’ose même plus l’approcher en rêve. Elle va m’oublier, on va lui faire un beau mariage. 
Mais moi, j’ai pas pu la remplacer.
Elle non plus on dirait. Paraît qu’elle est mariée avec le bon Dieu. Personne le sait mais on a continué à s’écrire, elle était en Afrique…
Je rêve, on recommence tout…On part sur mon bateau, on laisse son père, on quitte ma mère…bon j’ai dû boire encore un coup de trop…

 

La chute

 

 « N’aie pas peur. Il est tombé. Il faut qu’il rentre se reposer ». 
C’est vrai qu’il n’est pas beau à voir quand elle l’amène, titubant, le visage en sang, à la porte de la cuisine. J’ai plus de vingt ans, j’ai depuis longtemps quitté la maison pour mes études à Paris, et me retrouve avec plaisir, ce printemps, dans la maison familiale pour de courtes vacances. Maman craint que l’événement ne gâche mon séjour. Comme si j’étais encore petite elle veut me protéger !
Vite un lit de camp pour qu’il s’allonge. Il bougonne, voudrait juste un bon lit, ne sait pas très bien ce qui lui est arrivé. Maman comprend qu’il est tombé du clocher, son frère célibataire, resté seul depuis la mort de leur mère. Sonneur de cloches, il a beaucoup à faire pendant cette période de Pâques. 
Le médecin de famille décide une mise en observation à l’hôpital du canton. En quelques jours les nouvelles sont rassurantes, nez cassé, contusions superficielles. Il doit bientôt rentrer …
…quand un appel urgent nous annonce son décès.
Stupeur. Les sœurs, vite réunies, obtiennent de le ramener en ambulance pour installer chez nous, dans la salle à manger, sa chambre funéraire. Elles sont toutes là, Gaby, Emma, Geneviève, avec maman. Suzanne et Marie viennent de plus loin et ne sauraient tarder. Les mouchoirs tamponnent les yeux, tandis qu’elles s’affairent à préparer le dernier repos de leur frère. Les funérailles suivent très vite. Qui sonne le glas pour le sonneur ?
Quand on l’enterre, âgé de 55 ans, au milieu de la famille réunie, au milieu du village réuni, je pleure sur cette vie gâchée.
Tonton Gratien. 
Maman m’a raconté que le vieux chien, qu’on avait éloigné, a franchi seul les 10 km qui l’ont ramené à la maison de son maître.
       

                         ***


Bien longtemps après....
Août 2018. C’était un projet d’été, avec ma « petite » sœur, nous rendons visite au « jeune » oncle Bernard, 89 ans, le plus jeune frère de notre père. 
Le bonheur et l’émotion de retrouver le lieu où, auprès de ma grand-mère Rachel, mon grand père Louis, et mes jeunes oncles et tante encore à la ferme, Pierre, Jeanne, Bernard, je venais, entre 3 et 7 ans environ, passer des vacances d’été. La vieille maison est à moitié démolie mais toujours là pour appuyer ma mémoire. 
Le plus jeune oncle, qui a repris la ferme avec Thérèse, sa jeune femme, a construit sa maison juste à côté. C’est là que nous nous retrouvons en cette fin du mois d’août, tous un peu fatigués désormais, autour d’une boisson fraîche. Et la conversation démarre sans préambule. La santé ? Tout va le mieux possible, après une délicate intervention chirurgicale. Alors de quoi parler sinon du passé ? je suis un peu venue pour ça, et ni lui ni ma tante ne se font prier. Leur mémoire est étonnante.
Des souvenirs de Gratien ? « Le courrier perdu, tout le monde était au courant ». Ma sœur ajoute : « quand on a vidé la maison, après sa mort, on a trouvé des sacs qui n’avaient jamais été distribués ». On peut en parler maintenant, il y a prescription ! Mon oncle sourit en hochant la tête. « Les gens lui offraient à boire, tout le monde connaissait son penchant, ça les amusait quand il ne tenait plus debout… » Tandis qu’il porte à ses lèvres son sage verre de sirop je pousse l’interrogatoire : « et cette fille qu’il avait fréquentée… » « Ah oui la Thérèse. A ce qu’on a dit, il avait bu un coup pour faire sa demande, puis il a eu honte et il n’a même pas osé affronter le père ». Je l’interromps : « je croyais que le père l’avait envoyé promener ? -  Non, il n’a même pas osé y aller, il a rebroussé chemin. Il a laissé tomber. Finalement elle est partie au couvent, puis en mission en Afrique, mais ils ont continué de s’écrire. -  Oui, quand on a vidé la maison, on a trouvé des lettres », renchérit ma sœur. Ah non, il n’était pas près de l’oublier. Les yeux de mon oncle s’embuent : « C’est que je l’aimais la bougresse ! » avait confié Gratien à ses compagnons de bistrot un soir de détresse. Il me reste une question : « Comment s’étaient-ils connus ? Elle n’était pas du village. -  Je crois qu’elle avait été placée à l’épicerie, juste à côté de chez lui, ils devaient se voir en cachette comme ça se faisait à l’époque ».
Sur le passage de Gratien dans la marine, quelques suppositions. « Il devait avoir 12 ans à la mort de son père, gazé et alcoolique à la suite de la guerre. Il s’est peut-être engagé au moment du service militaire pour échapper à une ambiance familiale difficile. Il s’y est plu, a été rappelé au début de la guerre. Après, j’en sais pas plus que toi. J’étais jeune à la fin de la guerre, et on habitait loin… »
Merci à tonton Bernard, petit frère tardif de mon père, d’avoir évoqué pour moi cet autre oncle, grand frère de ma mère, disparu depuis plus de cinquante ans.

 

 

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